DIAL D 2048
Mots-clés : Syndicat, patronat, entreprise, droits de l'homme, économie.

RÉPRESSION ANTISYNDICALE DANS LES ENTREPRISES MAQUILAS
DU GUATEMALA


Dans son dernier Rapport annuel sur les violations des droits syndicaux (1995), la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) écrit au sujet des Amériques : “A l’exception de la Colombie et du Guatemala, la violence contre les syndicalistes a diminué dans la région. Dans ces deux pays, des actes de violence ont été commis en toute impunité, en dépit de l’existence de régimes démocratiques. Les violations des droits humains ont augmenté dans les zones franches d’Amérique centrale, du Costa Rica, de la République dominicaine, du Guatemala, du Honduras et dans les maquiladoras mexicaines (...) Au cours des dernières années, une législation restrictive a été introduite sur l’ensemble du continent, généralement sous prétexte de programmes d’ajustement structurel et de la concurrence mondiale accrue (...) Une tendance générale dans toute la région indique que les gouvernements et les employeurs ignorent de plus en plus les dispositions de protection des droits des travailleurs...” Ces lignes sont hautement significatives d’une des questions majeures de l’ Amérique latine aujourd’hui. Le cas des maquilas ou maquiladoras est tristement exemplaire : il s’agit d’entreprises situées en zones franches, où les biens sont assemblés ou transformés en exemption d’impôts et de droits de douane à la condition d’être réexportés. Des crédits à bas taux d’intérêt sont concédés aux maquilas. La main-d’oeuvre y est bon marché et les conditions de travail précaires. Les investisseurs sud-coréens y sont particulièrement actifs et y jouissent d’une mauvaise réputation en matière de respect des droits des travailleurs.
On pourra lire ci-dessous un rapport récemment publié en langue anglaise par le secrétariat international d’Amnesty International sur la chasse et la répression à l’égard de syndicalistes dans les maquilas du Guatemala : “Guatemala maquila workers among trade unionists targeted”, Londres, novembre 1995 (Al Index : AMR 34/28/95, Distr : SC/CO/GR).

 

Introduction

Au Guatemala, un regain de violence incluant exécutions sommaires, enlvements, viols, ainsi que coups et menaces de mort, a frappé des ouvriers et des syndicalistes qui cherchent la reconnaissance de leur mouvement et l’amélioration de leurs conditions de travail. La vague récente de persécutions semble tre l’oeuvre d’agresseurs armés engagés par des directeurs et des propriétaires d’usines afin de décourager tout mouvement de revendication et de syndicalisation. Amnesty International pense que les méthodes et les circonstances de ces incidents, lorsqu’on les met en lien avec la répression historiquement pratiquée contre les syndicalistes au Guatemala, laissent soupçonner la complicité des forces de sécurité ou de personnes collaborant avec elles.

Une histoire de la répression touchant les syndicalistes
Au Guatemala, peu d’ouvriers sont syndiqués et ceux qui, dans le passé, ont essayé de créer des syndicats, ont été l’objet systématique de violations de leurs droits : exécutions expéditives, “disparitions”, torture, etc. Avant le retour à un gouvernement civil en janvier 1986, des centaines de leaders syndicalistes et de militants ont “disparu” ou ont été assassinés sous les divers régimes militaires qui ont gouverné le Guatemala auparavant. Pour la seule période de mai 1978 à mai 1979, Amnesty International a enregistré plus de 148 cas de violations des droits de l’homme contre les syndicalistes dans le pays, dont 12 assassinats et 9 “disparitions”.
Dans les années 1980 et 1990, les travailleurs qui ont cherché à créer des syndicats dans des entreprises liées au secteur alimentaire ont été repérés. Deux syndicalistes, secrétaires généraux à l’usine Embotelladora Guatemalteca S.A. (EGSA), entreprise de mise en bouteille sous franchise de Coca Cola, ont été tués entre décembre 1978 et avril 1979. Un troisime secrétaire général a été exilé en février 1979 après l’échec de la tentative de son exécution. Entre 1979 et 1984, huit autres syndicalistes de cette mme usine ont été exécutés sans procs juridique. Les assassins présumés, agissant ensemble ou en complicité avec des équipes régulires de police, sont des membres des forces de sécurité aussi bien que de la police privée de l’usine. Une protestation internationale importante a finalement permis un accord collectif signé avec les syndicalistes dont une partie concerne leur propre sécurité et l’autre une compensation pour les familles des personnes “disparues” ou assassinées à cause de leur activité syndicale. Cependant, en dépit de cet accord et sous les gouvernements successifs, des syndicalistes, au sein des entreprises liées au secteur alimentaire comme dans d’autres secteurs, continuent à tre visés.

Répression renouvelée contre les syndicalistes
Malgré la longue et systématique répression qui les touche, les syndicalistes poursuivent leurs efforts pour obtenir le respect de leurs droits fondamentaux en matire d’activité syndicale et de travail. Ils ont dénoncé de graves violations à l’encontre des ouvriers et contre ceux qui les ont injustement tranés devant les Tribunaux du travail1. Les syndicalistes soulignent le fait qu’en dépit de nombreux appels et plaintes auprs du ministre du travail, les autorités restent muettes.
Amnesty International pense qu’il existe un lien logique entre les abus du passé et les répressions actuelles, dont les auteurs ont été identifiés comme appartenant aux forces de sécurité. Au dire des victimes, les auteurs de la répression leur étaient totalement inconnus et agissaient en plein jour, utilisant des voitures sans marque distinctive pour effectuer des enlvements et des opérations de surveillance. L’emploi bien connu des menaces de mort par appel téléphonique anonyme relve du mme principe dans la plupart des cas.
L’usage des maisons et des bâtiments abandonnés que les forces de sécurité utilisent pour cacher des personnes kidnappées est également cohérent avec les témoignages antérieurs reçus par l’organisation en provenance des victimes de séquestration, et o on estime que les forces de sécurité étaient impliquées. Dans certains cas, les auteurs de ces rapts, agissant manifestement sur ordre supérieur, étaient fortement armés et disposaient de renseignements auxquels seules les forces de sécurité ont accès. Amnesty International s’inquite de la carence des autorités pour enquter sur ces violations et pour amener leurs auteurs devant les tribunaux. C’est ainsi qu’un climat d’impunité virtuelle se crée dans le pays. Dans son rapport de mars 1995, la Mission des Nations Unies pour l’enqute sur les droits de l’homme et le respect des engagements de l’Accord global concernant les droits de l’homme au Guatemala (MINUGUA) a déclaré que l’existence d’une impunité largement répandue “est le plus grand obstacle à l’exercice effectif des droits humains”. La MINUGUA pense également que le refus du ministre public d’enquêter sur les violations des droits de l’homme et de conduire leurs responsables devant la justice est la cause du climat d’impunité qui rgne au Guatemala.

Les promesses du gouvernement concernant les droits de l’homme
L’accord des Nations Unies sur les droits de l’homme, signé en mars 1994 par le gouvernement et l’Unidad revolucionaria nacional guatemalteca (URNG), a engagé ces derniers à prendre des mesures sérieuses contre les actes de répression dans le pays. Mais, en dépit de cette signature, les forces de sécurité guatémaltques continuent leurs actes de répression en jouissant d’une impunité virtuelle. On n’a fait que peu ou pas de progrs pour traduire en justice les responsables de ces violations, qu’elle soit nouvelles ou commises dans le passé sous d’autres régimes.
Les élections devaient avoir lieu au Guatemala le 12 novembre 19952. Or, sous la présidence actuelle de Ramiro de Léon Carpio, ancien Procureur des droits de l’homme, on continue à pratiquer des violations des droits de l’homme, des enlvements, des exécutions sommaires et des menaces systématiques de mort. Les victimes sont des personnes travaillant pour les droits de l’homme, des militants indignes soupçonnés d’tre opposés au gouvernement, des réfugiés rapatriés, des étudiants, des universitaires, des journalistes, des membres du clergé et des syndicalistes.
Dans son rapport sur les sept premiers mois de 1995, Jorge Garcia Laguardia, actuel Procurador de los Derechos Humanos (Procureur des droits de l’homme) désigne des membres des forces de sécurité comme responsables de nombreuses violations des droits de l’homme. Son rapport dit aussi que l’impunité persiste dans le pays et que le gouvernement guatémaltèque ne respecte pas son devoir constitutionnel d’assurer la sécurité de ses citoyens. Le rapport condamne également le manque de progrs concernant l’enqute au sujet du nombre croissant des violations de droits de l’homme.

Le secteur maquila3
Une délégation d’Amnesty Internatio-nal, en visite récente au Guatemala, a rencontré des syndicalistes et des ouvriers qui cherchent à faire reconnatre leur syndicat dans les maquilas ; elle a recueilli des témoignages concernant le nombre croissant de cas d’intimidation et de harclement effectués surtout contre des femmes syndiquées. Les sévices qu’elles subissent - enlvements, viols, coups physiques, etc. - sont l’oeuvre des propriétaires de maquilas et des agresseurs armés qu’ils engagent, avec la complicité des membres des forces de sécurité.
Actuellement, le secteur des maquilas connat les violations des droits de l’homme les plus graves à l’encontre des ouvriers et des syndicalistes. Pour améliorer les conditions de travail, plusieurs syndicats organisent des campagnes dans le secteur des maquilas. Des syndicalistes et des ouvriers ont témoigné, devant Amnesty International, des conditions de travail qui existent dans certaines usines. Dans beaucoup de cas, disent-ils, les salaires sont bien en-deçà du salaire minimum. Les ouvriers, dont la majorité sont des femmes, sont obligés de faire de longues journées de travail. Souvent, ils sont enfermés dans l’usine et contraints d’y rester jusqu’à ce qu’ils aient atteint leur rendement quotidien. Les conditions sanitaires sont sérieusement déficientes : dans certaines usines, il y a seulement 3 W.- C. pour 500 à 800 ouvriers. Dans d’autres, les travailleurs se plaignent d’un éclairage gravement insuffisant, d’une aération trs faible, de l’absence de protection contre la poussire et les produits chimiques et d’un manque de formations en ce qui concerne la santé et les mesures de sécurité. De plus, ils accusent les responsables d’abus sexuels et de violence physique, surtout contre les travailleuses. Tout effort pour combattre ces maux a simplement aggravé la situation. Dans certains cas, les propriétaires ont fermé leurs usines et les ont rouvertes ailleurs et sous un nouveau nom. Ils ont également procédé à des licenciements massifs comme moyen d’éviter d’assurer leurs responsabilités légales envers leurs ouvriers.
L’assassinat du syndicaliste, Alexander Yovany Gmez Virula, Empresa Maquiladora, R.C.A.

Le corps du syndicaliste Alexander Yovany Gmez Virula, portant des traces de graves sévices, a été trouvé le 19 mars 1995, dans un ravin prs des quartiers de Galilea et El Limn dans la Zone 18 de la ville de Guatemala. On l’avait vu pour la dernire fois en ville, le 13 mars 1995, à 19h30, à huit cents mètres de sa maison. Il venait de quitter le sige de la confédération syndicale Union sindical de trabajadores de Guatemala (UNSITRAGUA), syndicat des travailleurs guatémaltques. Un premier examen du corps a révélé qu’il a été retenu prisonnier pendant deux jours avant d’tre tué, et qu’il a été battu à mort, avec des fractures visibles sur la tte, le visage et la poitrine. Les circonstances précises de sa mort n’ont jamais été élucidées, malgré les deux demandes faites par l’UNSITRAGUA pour rencontrer le ministre de l’intérieur, Enrique Reynoso Gil, qui n’a jamais répondu. Une plainte a été déposée auprs du Procureur des droits de l’homme qui n’a pas encore rendu publique son enqute. Actuellement, ce procureur a été remplacé et c’est le ministre public qui mne l’enqute.Le Comité d’attribution des États-Unis a récemment fixé comme condition pour l’aide militaire aux forces armées du Guatemala durant la prochaine année budgétaire, que celles-ci cooprent à la solution des abus contre les droits de l’homme dont certains de leurs propres membres sont accusés ; une liste de cas particulirement inquiétants était jointe, et parmi les cas cités, il y avait celui d’Alexander Gmez.
Alexander Gómez a été le Secrétaire trésorier du syndicat dans l’entreprise coréenne, Empresa Maquiladora R.C.A. . Affilié à l’UNSITRAGUA, le syndicat s’est trouvé en conflit avec les propriétaires de la maquila. Avec 70 ouvriers, il a demandé le respect du droit légal de former un syndicat lorsque, sans annonce préalable, les propriétaires ont fermé l’usine en aot 1994. Par la suite, les travailleurs ont occupé l’usine en revendiquant les salaires qu’ils n’avaient pas perçus avant la fermeture de l’usine. Selon l’UNSITRAGUA, les propriétaires, dans le but d’intimider les syndicalistes, ont engagé des gardiens de sécurité lors de la période précédant l’assassinat d’Alexander Gmez. Les syndicalistes affirment qu’après sa mort, ils étaient l’objet de surveillance de la part d’hommes conduisant des voitures banalisées, aux vitres polarisées.

Sylvia Lilia Escobar - Empresa Maquiladora, R.C.A.
Sylvia Lilia Escobar, secrétaire gnrale de la maquila R.C.A., a t galement vise, comme Alexander Gmez, en raison de leurs négociations communes avec les propritaires de la maquila R.C.A. Elle affirme qu’elle a t l’objet d’intimidations et de violence à partir d’avril 1994 et qu’elle a reçu de nombreux avertissements de la part des propritaires de l’usine : si elle continuait son action syndicale, elle courrait le risque d’enlvement ou d’assassinat. Elle raconte galement que lors d’une visite d’inspection à l’usine, un inspecteur du ministre du travail lui a lanc un avertissement ainsi qu’à plusieurs autres ouvriers en prsence des directeurs et des propriétaires de la maquila : les syndicalistes sont abandonns morts dans des fosss, disait-il.
Le 22 mars 1995, quatre jours après la dcouverte du corps d’Alexander Gmez, Sylvia Escobar a remarqu une voiture banalise, aux vitres polarises, à ct de laquelle trois hommes étaient en train d’observer sa maison. Deux jours plus tard, elle remarqua de nouveau trois inconnus prs de sa maison. Elle a racont qu’elle les avait entendus prononcer son nom et celui d’Alexander Yavany Gmez. Lorsqu’elle intervint, ils l’accusrent d’être responsable de la mort de Gmez. Le lendemain, trois autres hommes encore se trouvaient prs de sa maison, ils prononcrent son nom à haute voix ainsi que celui d’Alexander Gmez. De nouveau, lorsqu’elle intervint, ils l’accusèrent et refusrent d’expliquer leurs affirmations.
En juillet 1995, les propritaires ont finalement pay les ouvriers aprs la fermeture de l’usine. Mais Amnesty International a appris que ces mmes propritaires ont ouvert une nouvelle maquila sous une autre raison sociale.

Les syndicalistes de Lunafil S.A. ; L Y L Modas et M Y J Maquila Empresas
Dans l’usine de textile, Lunafil S.A. en Amatitlán, dpartement du Guatemala, les ouvriers font l’objet d’une rpression de longue dure en raison de leurs efforts pour créer un syndicat. De juin 1987 à mai 1988, les ouvriers ont occup l’usine aprs l’chec des ngociations entreprises en raison des dsaccords sur les conditions et les heures de travail que la direction avait voulu imposer et dont les ouvriers disaient qu’elles n’taient pas conformes au Code du travail du Guatemala. En mai 1988, alors que des changes taient en cours, un syndicaliste, Julio Coj, fut atteint par une balle venant, apparemment, d’une voiture de police, pendant que la police anti-émeute intervenait pour mettre fin à l’occupation de l’usine. Selon les syndicalistes, des gardiens privs de scurit, engags par la direction de Lunafil et agissant en connivence avec les forces de scurit guatmaltques, ont usé de tactiques d’intimidation et de menaces contre les ouvriers qui occupaient l’usine. Les ouvriers ont cess cette occupation à la fin de la crise, en juillet 1988.
Cependant, en mai 1994, un nouveau conflit clata en Amatitlán, lors de la fermeture de l’usine et du licenciement de 200 travailleurs. Les syndicalistes et les ouvriers, rassembls devant l’usine pour protester contre ce qu’ils considraient comme une clture illgale et injustifie, ont té l’objet de menaces de mort et d’autres formes d’intimidation telles qu’enlvements, surveillances, lettres et appels tlphoniques anonymes. Plus tt, cette anne là, une dlgation d’Amnesty International au Guatemala avait rencontr les syndicalistes et les ouvriers afin d’obtenir des renseignements de premire main sur les sries d’abus rapportés. La dlgation a appris qu’immdiatement aprs la fermeture de l’usine, des inconnus arms taient alls plusieurs fois chercher le leader syndicaliste, Jos Gil, dans sa maison. Un autre leader syndicaliste à Lunafil, interviewé par la dlgation, a dclar qu’en octobre 1994, lui et un autre syndicaliste, Felix González avaient reçu des menaces de mort. La dlgation a interview également la femme de Flix González, Dbora Guzmán, syndicaliste à L y L Modas et M y J Modas. Voici comment elle et son mari ont t spcialement viss par une campagne de harcèlement et d’intimidation incluant des menaces anonymes de mort.
Le 6 octobre 1994, Dbora Guzmán a ét sauvagement attaque par un groupe d’hommes masqus et arms qui ont menac de tuer son mari, Flix González ainsi que Julio Coj, autre militant syndical, s’ils ne cessaient pas leurs activits syndicales. Le 7 octobre, les bureaux d’UNSITRAGUA ont reçu une série d’appels anonymes. L’une des personnes non identifies prtendait dtenir captive Dbora Guzmán tait retenue captive et affirmait que sa vie tait entre les mains de son mari. Le jour suivant, elle et son mari ont reçu chez eux de nouvelles menaces anonymes de mort.4 Aprs ces incidents, Dbora Guzmán s’est cachée pendant plusieurs semaines, puis elle est rentre chez elle reprendre sa vie normale. Depuis lors, elle a reçu plusieurs menaces de mort.Le 28 fvrier 1995, Dbora Guzmán Chupn a t brutalement enleve et gardée prisonnire pendant 24 heures avant d’tre libre à des kilomtres de distance de sa maison. Ses kidnappeurs l’ont traîne et frappe pour l’obliger à tlphoner au sige central de l’UNSITRAGUA. On lui a dit d’adresser un message à son mari selon lequel il devait quitter le syndicat à Lunafil, ou alors il ne la reverrait plus5. Des menaces de mort crites ont ét envoyes au domicile du couple le 5 mars, prcisant que la femme de Flix González devait encourager son mari à donner sa dmission du syndicat dans les 72 heures.
Le 20 mai 1995, Dbora Guzmán a reçu chez elle une lettre anonyme. Selon la nouvelle menace, elle n’avait que 8 jours pour se plier aux demandes faites en fvrier, au moment de son enlvement, ou elle aurait à subir la “peine de mort”6.
Une nouvelle série d’incidents à l’encontre de Dbora Guzmán et de son mari ont eu lieu le 21 aot 1995 à 12h15 lorsque Dbora Guzmán, alors enceinte, eut quitt l’usine M y J Modas pour faire quelques courses. Elle avait remarqu, prs de l’usine, une voiture noire aux vitres teintes. Quelques minutes plus tard, un enfant lui a transmis une lettre anonyme de la part d’un des occupants de la voiture. La lettre disait : “Acurdese que lleva mucho tiempo y la hemos dejado estar. Si usted quiere a su beb ex暖ale (sic) a su marido ya que ninguno de los dos hace caso. Pero si él quiere a su beb tendrá que decidirse ahora: o deja el sindicato o pagarán las consecuencias su mujer y su hijo. Acurdese lo que le decimos. Ex男ale (sic)que renuncie y si no sabrá quienes somos nosotros. Si la vez pasada no se le hizo nada, esta vez pagará todo y hasta su beb. D暖ale a su marido que prefiere: tenerla viva o muerta.” - “Rappelez-vous qu’on vous a accord beaucoup de temps et que nous vous avons laisss en paix. Si vous aimez votre bb, essayez de convaincre votre mari car ni lui ni vous n’avez rien fait jusqu’ici. S’il aime son enfant, il faut qu’il se décide maintenant, car s’il ne quitte pas le syndicat, sa femme et son enfant en subiront les consquences. N’oubliez pas ce que nous vous disons. Encouragez votre mari à quitter le syndicat, sinon il saura qui nous sommes. Si nous n’avons pas agi la dernire fois, cette fois-ci tout le monde paiera, y compris le bb. Demandez à votre mari s’il prfère avoir une femme morte ou vivante.”7 Les dernires menaces contre Dbora Guzmán et son mari ont eu lieu le 6 octobre quand elle rentrait de l’usine M y J Modas pour djeuner. Encore une fois, on lui a transmis une note anonyme disant qu’elle avait 72 heures pour quitter le pays. Sinon, elle serait enleve car ce qu’ils avaient demandé n’avait pas t fait puisque son mari avait refus de donner sa dmission du syndicat à Lunafil.
De nombreuses fois, Amnesty International a demand au gouvernement d’ouvrir des enqutes immdiates et exhaustives sur les violations des droits humains perptrées à l’encontre de ces syndicalistes, et rclam que les rsultats des enqutes soient rendus publics et les responsables jugs. Amnesty International pense qu’une telle dmarche serait l’un des moyens les plus efficaces pour mettre fin à l’impunit qui a cours à l’gard de ceux qui prennent pour cible les syndicalistes au Guatemala.
A la suite de l’enlvement de Débora Guzmán, Flix Guzmán s’est plaint auprs de la police. Le bureau du Procureur public (fiscal) à Amatitlán est actuellement en train de faire une enqute sur l’affaire. Jusqu’ici aucun renseignement n’est disponible concernant le progrs de l’enqute. Le Procureur des droits de l’homme a dnonc le gouvernement pour son manque de volont à poursuivre ces incidents, en dpit des appels faits au directeur de la police nationale en fvrier 1995 pour la protection de Dbora Guzmán, de son mari et des ouvriers de l’usine Lunafil qui protestent à l’extérieur de l’entreprise.

Adela Agust地, Maquiladora Cortex Internacional
Adela Agust地, 49 ans, secrtaire gnrale du syndicat de Maquiladora Corporacin Textil Internacional S.A. Cortex, affirme que, depuis la formation de leur syndicat en mai 1993, les membres sont l’objet d’actes d’intimidation, de menaces, de reprsailles et de mauvais traitements de la part des propritaires de l’usine. Le 23 mars 1995, on a entendu le directeur de l’usine dire que si les leaders du syndicat ne cessaient pas leurs activits, il allait demander à quelqu’un de frapper ou de tuer, une fois pour toutes, la secrtaire génrale du syndicat, Adela Agust地. Le 20 mars, Adela Agust地 a t attaque par deux hommes et une femme lorsqu’elle quittait un bus pour rentrer chez elle. Le liquide qu’ils lui ont jet au visage l’a aveugle temporairement. Les inconnus, en civil, l’ont frappe sur tout le corps, la blessant gravement à la main. Les agresseurs ne lui ont rien dérob - excluant ainsi le vol comme motif possible. L’attaque a t dnonce au bureau du Procureur des droits de l’homme.

1. Les Tribunaux du travail, créés par le Code du travail du Guatemala en 1947, ont le pouvoir de reconnaître l’existence légale des syndicats et de déclarer la légalité des grèves syndicales.
2. C’est le 7 janvier 1996, au deuxième tour, que le conservateur Alvaro Arzu, du Partido de Avanzada Nacional (PAN), a été élu président de la République avec 52 % des voix - et un taux d’abstention de 62 % (NdT).
3. Il existe environ 198 maquilas employant plus de 40 500 travailleurs au Guatemala. L’augmentation du secteur maquila ou maquiladora s’explique en partie par l’investissement qui intéresse le Guatemala ; elle est fondée sur le coût très bas de la main d’oeuvre et des conditions précaires de travail.
4. UA 395/94 : AI Index : AMR 34/43/94, 3 novembre 1994.
5. UA 395/94 : Pour plus d’information : AI Index : AMR 34/06/95, 9 mars 1995.6. UA 395/94 : Pour plus d’information : AI Index : AMR 34/14/95, 25 mai 1995.
7. UA 395/94 : Pour plus d’information : AI Index : AMR 34/22/95, 29 août 1995.

Traduction DIAL. En cas de reproduction, mentionner la source DIAL.