| Depuis larrestation du général
Pinochet, lépiscopat chilien, à linstar des plus
hautes instances du Vatican, sest distingué par ses recommandations
en faveur de mesures humanitaires à légard
de lex-dictateur. Nous en avons une nouvelle manifestation dans le
communiqué du Bureau des affaires publiques et de la presse de la
Conférence épiscopale du Chili (CECH), en date du 12 novembre
1999, chargé de faire connaître aux médias la position
de la Conférence. Les arguments les plus élevés sont
mis en avant : louange du droit international, appel à lamour
universel, miséricorde à légard de tous, valeur
inestimable de la cohabitation de tous les citoyens dans la nation, etc.
Qui pourrait être contre de si nobles causes ? La question toute simple
qui se pose est la suivante : pourquoi rien nest-il dit des raisons
pour lesquelles Pinochet est en état darrestation ? Pourquoi
rien nest-il dit de la nécessité dune justice
à légard des tortionnaires ? Pourquoi les évêques
du Chili, contrairement à certains de leurs pairs dans dautres
pays dAmérique latine, ne se font-ils pas lécho
des victimes ? Pourquoi parler dambiguïté juridique,
alors que le droit international lui-même autorise la Grande-Bretagne
à retenir le général Pinochet ? Comment ne pas voir,
comme tant de personnes lont vu, que le droit international, encore
à parfaire, est sérieusement encouragé par cette arrestation
légitime ? En réalité, cest bien le non-dit de
ce genre de discours qui est le plus important et quil faudrait ressaisir.
Tout donne à penser quil est à rechercher dans cette
inépuisable reconnaissance que la hiérarchie de lÉglise
chilienne éprouve, envers et contre tout, à légard
dun homme aux mains pleines de sang et aux paroles sans repentance,
mais dont elle pense quil a libéré la société
et lÉglise du péril marxiste en éliminant du
pouvoir le socialiste Salvador Allende et en poursuivant tous ceux qui se
réclamaient de lui.
| |