Le sage proverbe "Mieux vaut apprendre à
pêcher que donner un poisson" est incomplet pour notre monde
moderne latino-américain. Des milliers de jeunes, après
s'être préparés consciencieusement, vont pêcher,
découvrent que le lac où il y a du poisson est propriété
privée et qu'ils ne peuvent pas y entrer. Aurions-nous besoin
de nouvelles lois pour ouvrir ces "chasses gardées"
et mettre les richesses du pays au service de tous ? Le Parlement Jeune
du Paraguay veut y arriver par deux chemins. Le premier est la formation
des futurs dirigeants adultes du Paraguay au niveau politique dans son
sens le plus large. Le second est de faire en sorte que les jeunes eux-mêmes,
sans attendre demain, influent aujourd'hui sur la marche de la nation.
Car s'ils n'influent pas aujourd'hui en tant que jeunes, ils n'influeront
jamais : demain, ils seront des adultes !
En janvier 1999, un essai pilote a été fait. Un certain
après-midi, à la Chambre des députés d'Asunción,
la capitale du Paraguay, la presse et la télévision n'en
revenaient pas: 36 jeunes, entre 15 et 30 ans, discutaient selon la
plus rigoureuse technique parlementaire de thèmes cruciaux pour
la vie du pays.
Cet événement éveilla tant d'intérêt
qu'en avril commençait le Second Parlement Jeune pour lequel
avaient été reçues 1 470 demandes de jeunes provenant
de tout le pays. Le programme devait avoir une durée de trois
ans. La première année était à la charge
du Centre d'études nationales : Parlement Jeune. Pendant huit
mois, les jeunes devraient venir à la capitale tous les troisièmes
samedis et dimanches du mois pour recevoir, des meilleurs spécialistes
de chaque thème, une formation de niveau universitaire. L'unique
local qui pouvait contenir tant de jeunes était le grand amphithéâtre
(Aula Magna) de l'Université nationale. Pour recevoir un certificat,
il fallait avoir assisté à 80% des sessions, avoir écrit
un mémoire et avoir obtenu cent signatures de citoyens s'engageant
à les élire comme leur jeune parlementaire. Deux cent
quarante seulement sont allés jusqu'au bout.
Pendant l'année 2000, ces jeunes gens consacrèrent les
six premiers mois à travailler au niveau local et départemental.
Il s'agissait d'étudier dans la ville ou le village où
ils vivent les besoins les plus urgents, d'en rechercher les causes,
d'en prévoir les conséquences, et avec l'assistance des
personnes compétentes du lieu, de trouver pour deux de ces problèmes
les solutions possibles qui pourraient au cours de l'année être
soumises aux autorités et à tous les citoyens. Evidemment
étant donné leur fonction de jeunes parlementaires, avant
d'adopter des mesures concrètes, ils devaient les présenter
à toute la population locale. Tout ceci a été repris
ensuite au niveau départemental pendant les mois d'avril, mai
et juin. Le résultat fut une série de déclarations
et de projets de lois qui devraient être menés à
bien dans chaque département du pays.
En juillet 2000 le Parlement Jeune national a débuté à
Asunción. D'abord en commissions de travail et ensuite en sessions
plénières à la Chambre des députés.
Trois déclarations furent approuvées et neuf lois sur
des thèmes aussi importants que le premier emploi, la décentralisation
de la santé publique, la réforme du code électoral,
la commission de lutte contre la corruption, les asentamientos paysans
[installations de paysans sans terre occupant des terrains pour les
cultiver], etc. La loi sur le premier emploi a été choisie
par le Parlement Jeune pour être introduite au Congrès
national par initiative populaire, et d'autres points sont actuellement
étudiés avec les sénateurs et les députés
pour être pris en compte dans les projets de lois en discussion
dans les deux Chambres du Paraguay.
Parallèlement a commencé en avril 2000 le Cours d'études
du Troisième Parlement Jeune. Les 1 200 jeunes qui ont demandé
leur admission ont suivi le même programme : une année
d'étude suivie de deux années de pratique parlementaire.
Nous espérons qu'il y aura chaque année un nouvel appel
à candidature pour que la jeunesse s'intègre dans un Parlement
Jeune.
Le fruit de tout ce travail a été l'éveil de la
conscience de plusieurs centaines de jeunes gens et de jeunes filles.
Curieusement, il y a un équilibre numérique dans le groupe
: moitié garçons et moitié filles. De même
pour ceux de l'intérieur du pays, la moitié est composée
d'indigènes et de paysans. C'est pour le Paraguay une prometteuse
intégration. La population reconnaît peu à peu l'importance
et la représentativité de ces garçons et de ces
filles. Dans certains conflits sociaux et devant le discrédit
de la classe politique, la meilleure solution a été de
recourir à eux.
Pour mener à bien ce projet, a été créée
l'Association Paraguay 2 008 Parlement Jeune. La Compagnie de Jésus
y est présente par un jésuite qui impulse et coordonne
les travaux.
Deux remarques pour terminer. Au Paraguay, 70 % de la population a moins
de trente ans. Cela veut dire trois millions sur une population de cinq
millions et demi. Devant cette situation démographique, le leadership
jeune est essentiel. En le promouvant, l'Église et la Compagnie
de Jésus rendent au pays un grand service. Mais nous ne voulons
pas nous cantonner à notre patrie. Nous rêvons que dans
d'autres nations se fasse la même chose et qu'un jour, pas très
lointain, puisse se former un Parlement Jeune Paraguay-Brésil,
ou au niveau de tout le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay,
Uruguay) ou même un Parlement Jeune dans lequel des jeunes latino-américains,
européens, africains ' puissent se réunir pour discuter
et prendre des mesures. Si on globalise pour le mal, nous devons aussi
globaliser l'espoir et les réalisations pour le bien des hommes
et des femmes qui entrent dans le XXIème siècle.
Traduction DIAL.
En cas de reproduction, mentionner la source DIAL.