Trois projets regroupent aujourdhui
l'opposition à Cuba : le projet Varela - qui vient dêtre
repoussé par lAssemblée nationale - , lAssemblée
pour promouvoir la société civile à Cuba, et une
plate-forme, regroupant diverses organisations, centrée sur lélaboration
dune charte des droits fondamentaux des Cubains. Article de Patricia
Grogg, Agence IPS, décembre 2002.
Lopposition intérieure de
Cuba se mobilise autour de trois projets « qui se complètent
» et ont pour objectif commun de rechercher des changements
démocratiques par des voies pacifiques, selon des militants dissidents.
Le projet Varela est une initiative constitutionnelle pour demander
un référendum sur des changements à apporter au
système socialiste ; 1Assemblée pour promouvoir
la société civile à Cuba se propose de multiplier
les forces de lopposition et la Plate-forme de réflexion
de 1opposition modérée tente de soumettre à
débat une charte des droits des citoyens.
Ces projets « ne sont pas articulés entre eux, mais
ont comme dénominateur commun dêtre en désaccord
avec le modèle totalitaire », a dit à IPS le
président de la Commission cubaine des droits humains et de la
réconciliation nationale, Elizardo Sánchez.
De son côté, Vladimir Roca - qui a purgé une peine
de prison de 1977 à mai 2002 pour sédition en raison de
ses appels à 1abstention électorale et de ses demandes
de réformes politiques - a affirmé que « lopposition
cubaine est unie dans la diversité ».
« Nous voulons tous des changements, mais il y a divergence
sur la façon dy parvenir » a expliqué
à IPS Roca, signataire en 1997 du document La Patrie est à
tous, ainsi que Félix Bonne, Martha Beatriz Roque et René
Gómez, connus comme le Groupe des Quatre.
Les propositions de 1opposition sont soutenues par des associations
sans reconnaissance légale, même si une certaine tolérance
officielle a permis ces dernières années de développer
leurs activités, surveillées de très près
par les autorités policières.
« Nous nous sommes multipliés ; voilà 15 ans
nous étions moins de 10, maintenant nous sommes des milliers
», a affirmé Roca, un défenseur de la multiplication
des groupes comme moyen de survie. « Si nous étions
tous ensemble, il serait très facile de nous détruire
», a-t-il précisé.
Sánchez, entre temps, considérait « Tous unis »,
un réseau qui rassemble plus de 100 groupes, comme le mouvement
ayant la plus grande capacité de convergence et de mobilisation.
« Cest lui qui a mené à bien le Projet
Varela », a-t-il ajouté, se référant
à 1initiative qui sest appuyée sur la Constitution
pour demander un référendum sur les changements dans le
régime socialiste, projet qui bénéficie de la caution
des États Unis et de lUnion européenne, très
critiques sur la situation des droits humains à Cuba (...)
Les trois autres membres du Groupe des Quatre, dirigé dans le
passé par Roca, animent actuellement ce que lon appelle
1Assemblée pour promouvoir la société civile
à Cuba, définie comme une « idée de travail
en commun pour multiplier les forces dopposition ».
Martha Beatriz Roque, une des figures les plus en vue de cette association,
a dit que plus de 400 organisations du pays se sont réunies dans
le but déduquer et de « former la population aux
pratiques démocratiques ».
La structure de 1Assemblée consiste en commissions permanentes
de travail sur des sujets syndicaux et écologiques, sur des études
historiques, sur la presse dinformation et la culture, entre autres
sujets. « Notre travail relève entièrement de
la société civile. Nous ne sommes pas un parti politique
», a déclaré Roque à IPS.
Les membres de 1Assemblée ont eu leur baptême du
feu le 10 décembre dernier, quand quelque 70 personnes se sont
retrouvées chez Roque pour célébrer la Journée
internationale des droits humains. La journée sest déroulée
sans incidents avec les autorités po1icières, qui ne sont
pas intervenues dans le déroulement de la manifestation des opposants.
« Cest un espace que nous avons conquis au prix de bien
des sacrifices », que lon doit au « poids croissant
que 1opposition a pris dans le pays », a commenté
Roque au terme de la réunion, où était présent,
en qualité « dobservateur invité »,
un diplomate états-unien.
Sánchez a admis que ces deux dernières années le
gouvernement a accepté ce type dactivités, mais
dans un lieu fermé (...).
Un projet de charte des droits fondamentaux des Cubains
Une troisième initiative, à 1instigation de la Plate-forme
de réflexion de 1opposition modérée, tente
de soumettre à débat 1avant-projet dune charte
des droits fondamentaux des Cubains, grâce à des enquêtes
effectuées à partir du second semestre de cette année
auprès des Cubains de 1intérieur et des expatriés.
Ses organisateurs ont expliqué que cette proposition ne prétend
pas devenir une alternative au Projet Varela et que 1objectif
final de la consultation était « quà Cuba
tous les droits soient respectés ».
« Les droits humains nont pas didéologie
et valent aussi bien pour les socialistes, les communistes, les libéraux,
les démocrates-chrétiens ou les socio-démocrates
», ont dit des promoteurs de ce texte, quils qualifient
de « civique ». La plate-forme a pour composantes, entre
autres, les partis Courant socialiste démocratique, Solidarité
démocratique, Mouvement pour la démocratie et le Mouvement
action nationaliste indépendante.
Le texte énumère en 35 articles les droits individuels,
sociaux, culturels et économiques, tandis que dans les articles
36 à 45 sont consignés les devoirs des citoyens à
1égard de la nation, de la communauté et de la personne
humaine.
Certains défenseurs de cette initiative ont indiqué quil
sagit dune ébauche pour que les citoyens cubains
puissent exprimer leur opinion sur le sujet. « Présenter
un projet entièrement élaboré aux citoyens sans
consultation préalable, ce ne serait pas respecter leur capacité
et leur autonomie individuelles », ont-ils dit.
Dans lîle, les secteurs dissidents sont qualifiés
de « mercenaires » au service de « 1empire »
par le gouvernement cubain de Fidel Castro, qui accuse les Etats-Unis
de les financer pour fomenter la « subversion intérieure
».
Daprès Sánchez, 1opposition ne demande pas
daides, mais apprécie la politique de soutien international.
« Nos propositions sont publiques et nous ne pouvons empêcher
que quelquun exprime dune manière ou dune autre
sa sympathie ou son soutien, même sil le fait par intérêt
politique dissimulé ou très net, comme cest le cas
de Washington », a déclaré ce militant dissident.
Traduction Dial.
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