La Constitution vénézuélienne
prévoit quun référendum à mi-mandat
présidentiel peut être révocatoire si certaines
conditions sont remplies. Lopposition, dont les deux principaux
leaders sont hors jeu, et qui a dû terminer la grève, semble
sêtre désormais ralliée à cette perspective.
Une nouvelle centrale syndicale est en train de se constituer pour faire
contrepoids au syndicat pétrolier qui, en union avec la chambre
patronale, a mené une grève qui a appauvri le pays. Enfin,
le gouvernement du Venezuela a octroyé un premier paquet de devises
à des importateurs 70 jours après avoir suspendu la liberté
de change. Cette dernière mesure navait pas manqué
dexaspérer le secteur privé, en guerre ouverte contre
le président Hugo Chávez. Textes en date davril
2003 en provenance de ADITAL (sous la signature de Aram Aharonian, président
de lAssociation latino-américaine pour la communication
sociale) et dIPS (sous la signature de Humberto Márquez).
Lopposition a besoin
de signatures pour exiger un référendum de destitution
Le président vénézuélien, Hugo
Chávez, a lancé à lopposition le défi
« de convoquer un référendum »
pour le relever de ses fonctions, référendum prévu
par la Constitution, compte tenu du fait que, le 19 août, le président
arrivera à la moitié de son mandat. Il a rappelé
que, pour cela, lopposition a besoin de réunir les signatures
nécessaires.
Dans son émission dominicale « Allô Monsieur
le président », Chávez a refusé de reconnaître
les signatures obtenues par lopposition à la suite de lAppel
du 2 février, en prétendant que « ces
signatures nont aucune valeur et ne sont que des faux ».
Il a rappelé que cest le nouveau Conseil national des élections
que doit désigner lAssemblée nationale, qui doit
fixer les règles du jeu.
En pleine campagne, le chef de lÉtat sest insurgé
contre les critiques et a assuré que son gouvernement avait fait
« énormément de choses »
pour « les enfants de la rue », en ajoutant
que sa bonne gestion en la matière était corroborée
par les chiffres des Nations unies, que « le peuple le
reconnaissait » et que plus dun million denfants,
qui avaient déserté lécole, étaient
de nouveau scolarisés.
Tout en soulignant les « succès » de sa gestion,
Chávez a affirmé quil « administrera une
correction » à ses adversaires dans léventualité
dun référendum de destitution : « Nous
avons accompli en quatre ans plus que tous les gouvernements antérieurs
réunis, qui nont fait que mener le pays à la ruine. »
Il a parlé entre autres choses de la concession de titres de
propriété à des paysans et de crédits pour
lacquisition de machines agricoles.
Il sest félicité de « la réhabilitation
et la construction » décoles et de centres
daide sociale dans tout le pays, en vantant les plans officiels
destinés « à renforcer lindustrie
nationale, la petite et la moyenne entreprise », et à
créer « un nouveau tissu industriel pour démocratiser
la production » vénézuélienne. « En
juin, nous nous lancerons dans la distribution de 112 000 tonnes
daliments par mois, qui profiteront à un tiers de la population,
cest-à-dire à huit millions dhabitants, surtout
aux plus démunis », a-t-il renchéri.
Il a affirmé que les critiques continues contre son gouvernement,
qualifié par lopposition « dincapable,
dautoritaire et de corrompu », font partie dune
« vieille stratégie » adoptée
par ses adversaires devant léventualité dun
référendum de destitution.
Chávez sest dit « réconforté »
par le fait que ce sont ses détracteurs qui ont « opté
pour la voie constitutionnelle » avec la décision prise
par la Coordination démocratique [nom donné au regroupement
de l'opposition] de tout faire pour que le référendum
de destitution puisse avoir lieu.
De son côté, lex-candidat à la présidence,
Francisco Arias Cárdenas - coorganisateur, avec Chávez,
de la tentative de coup dÉtat de février 1992 et
aujourdhui dans lopposition -, a indiqué quil
compte sur le référendum pour régler la crise vénézuélienne
bien que, a-t-il remarqué, le gouvernement et Chávez ny
soient pas favorables.
Arias Cárdenas, réinstallé à la présidence
du parti Unión. a affirmé : « Pour que le
référendum aboutisse pour de bon à une destitution,
nous devons nous armer, nous et tous les Vénézuéliens,
dénergie, de courage, doptimisme et de confiance
dans lexistence dune véritable occasion de sortir
de limpasse. Sachons la saisir, en renonçant pour toujours
aux raccourcis et aux déviations qui ne mènent nulle part,
et ayons la certitude que nous allons commencer à bâtir
une nouvelle nation. »
Adital, avril 2003
Une nouvelle centrale syndicale prend
ses distances avec lopposition.
Avec le soutien des puissants syndicats de travailleurs
du pétrole, de la fonction publique et des industries de base,
une nouvelle organisation syndicale sest constituée pour
faire contrepoids à la Confédération des travailleurs
du Venezuela (CTV) qui, alliée à lorganisation patronale,
a contribué à une grève politique et au sabotage
de lindustrie pétrolière en décembre et janvier
derniers.
Les fondateurs de lUnion nationale des travailleurs du Venezuela
(UNTV) ont affirmé que leur organisation sera une nouvelle référence
pour la classe ouvrière. En effet, la CTV, qui rassemble à
peine 12 % des travailleurs du pays, les a trahis en appuyant les
dirigeants du patronat qui ont essayé de renverser le président
en titre, Hugo Chávez, lors du coup dÉtat davril
2002 comme à loccasion du mouvement de grève et
de sabotage de la fin de lannée.
Le président de la CTV, Carlos Ortega, sest exilé
au Costa Rica en avril dernier pour se soustraire aux accusations dincitation
au crime et au coup dÉtat. La création de lUNTV
signifie une attaque personnelle contre Ortega, ancien dirigeant qui
avait perdu les élections de base dans son propre syndicat.
Franklin Rondón, président de la Fédération
des employés de la fonction publique et dirigeant de la nouvelle
fédération, a affirmé que tout va être fait
pour constituer, le plus vite possible, une «table de dialogue»
à laquelle le gouvernement et les représentants des ouvriers
et des patrons puissent discuter de la situation des travailleurs et
dune éventuelle hausse des salaires.
La CTV, qui a soutenu le coup dÉtat, est liée au
vieux parti Action démocratique (AD) et aux centrales internationales
CIOSL (Confédération internationale des organisations
syndicales libres) et ORIT (Organisation régionale interaméricaine
des travailleurs) de tendance social-démocrate. Au sein de la
nouvelle organisation de travailleurs qui promet dêtre indépendante
du gouvernement, sont représentés les nouvelles classes
de la population qui appuient les réformes sociales du gouvernement
actuel, et des groupes de gauche et nationalistes avec leurs revendications
de classe.
« La politique politicienne retorse et favorable aux patrons
suivie par la CTV, tant pendant le coup dÉtat du 11 avril
quau moment du sabotage de lindustrie pétrolière
en décembre et janvier derniers, a eu pour conséquence
un abandon total de la lutte syndicale qui avait unifié durant
des années des milliers de syndicats et de corporations à
la recherche de meilleures rémunérations et conditions
de travail pour les travailleurs », a dénoncé
José Ramón Rivero, dirigeant des travailleurs de laluminium.
Rivero a indiqué que la nouvelle centrale ouvrière est
issue des syndicats de base de tout le pays et que ses principales caractéristiques
se sont façonnées au fil des discussions quotidiennes
dans les usines et les milieux de travail.
« Les ouvriers vénézuéliens participent
massivement à ce projet, ce qui prouve la nécessité
de pouvoir compter sur un organisme sérieux qui les défende
contre les abus de leurs patrons et qui veille à lamélioration
des conditions de travail, des qualifications et des rémunérations
quattendent tous les hommes et toutes les femmes qui se rendent
utiles au secteur public comme au secteur privé du pays. »
Il a ajouté : « Les membres des coopératives,
les travailleurs de léconomie informelle, les dirigeants
syndicaux des entreprises publiques ainsi que des associations et corporations
de professionnels, à qui a été refusée jusquà
présent toute possibilité dintégrer la CTV,
auront à y jouer leur rôle et pourront y apporter des idées. »
La nouvelle centrale bénéficie du soutien de quelque 50
syndicats, dont Fedepetrol (environ 18 000 membres), le syndicat
de la sidérurgie Sutiss (8 000 travailleurs), ainsi que
ceux des industries de laluminium, de la métallurgie, du
secteur forestier, des mines, de lélectricité, et
dautres organisations qui représentent les employés
de la fonction publique. Rivero a conclu : « Au niveau
national, le soutien que nous recevons augmente très rapidement
et nous pensons que, dici peu de temps, nous aurons été
rejoints par 2 500 des 3 000 syndicats existant dans le pays,
ce qui représente 84 % des travailleurs du Venezuela. »
Adital, avril 2003
Des dollars au compte-gouttes pour les entreprises.
Quelques entreprises importatrices de produits alimentaires
ont reçu entre mardi 25 et mercredi 26 mars 9,5 millions de dollars.
Ce sont les premières entreprises à avoir obtenu un accès
à des monnaies étrangères depuis la restriction
des changes imposée le 22 janvier, période qui a vu naître
un organisme dÉtat chargé dappliquer ce régime,
la Commission dadministration des devises.
Le gouvernement a décidé dinstaurer un contrôle
des changes, qui sest transformé en une interdiction prolongée
de lachat et de la vente de devises, parce que la grève
décrétée par les patrons et les syndicats en décembre
et janvier contre Chávez sest accompagnée dune
fuite de capitaux, qui na pas été compensée
par des entrées de devises à cause de linterruption
des exportations de pétrole. Mais, dans ce pays où 60 %
de ce qui est consommé vient de lextérieur ou est
élaboré avec des produits importés, « le
secteur privé est à moitié paralysé et 15 %
des entreprises ont mis la clé sous la porte pendant le premier
trimestre », a affirmé Albis Muñoz, présidente
de la principale centrale patronale, Fedecámaras.
« Avec ce blocage des changes, nous sommes face à
la destruction de léconomie. Le gouvernement a décrété
la ruine du pays », a affirmé Muñoz, qui
a fait partie des promoteurs de la grève de deux mois décidée
pour obtenir la démission de Chávez ou la convocation
délections anticipées. Tous les jours ou presque,
des représentants des commerçants ou des industries de
lalimentation, du médicament, de lagro-industrie,
des secteurs de la chimie, de la métallurgie, de la mécanique,
de lautomobile et du tourisme dénoncent le risque dun
effondrement dentreprises si la restriction des changes se prolonge
ou si lallocation de dollars demeure insuffisante.
Des entreprises et des secteurs jugés non prioritaires ont été
exclus des premières listes de bénéficiaires de
devises, bien que la Commission ait procédé à des
ajustements pour y ajouter quelques branches dactivité,
comme lautomobile et les intrants destinés à la
presse périodique. La filiale vénézuélienne
de General Motors a fermé ses portes du 23 mars au 21 avril,
faute de matériel pour ses chaînes de montage, et a suspendu
son plan dinvestissements pour cette année. « Le
retard dans lallocation de devises nous a fait du tort »,
a reconnu le président de la société, Peter Friedrich.
La société Ford ne travaille que trois jours par semaine.
Lan passé, le Venezuela avait prévu daffecter
en moyenne 1 170 millions de dollars par mois aux importations
et transferts privés à létranger. Mais la
Commission des devises a prévenu quelle ne disposera que
de la moitié de cette somme, environ, pour les mois à
venir. « Nous nattribuons pas des devises à
la légère », a déclaré Chávez
lors de son émission radiotélévisée hebdomadaire
« Allô Monsieur le président », lequel
a donné pour consigne à la Commission des devises de « ne
pas attribuer un seul dollar aux insurgés », faisant
allusion aux initiateurs de la grève de contestation.
Les exportations de pétrole rapportent à lÉtat
plus de 80 % de ses recettes en devises. De même, les dollars
gagnés par les particuliers en contrepartie de leurs exportations
et de leurs bénéfices nets doivent obligatoirement être
échangés à la Banque centrale, organisme émetteur
et de réserve.
Francisco Mendoza, président de lAssociation des exportateurs,
déplore que la Commission des devises « change ses règles
tous les 15 jours ». Les règlements successifs
ont eu pour effet de durcir les conditions à remplir par les
entreprises qui sollicitent des dollars, entreprises qui doivent être
à jour de limpôt ou bien apporter des garanties en
bolivars, la monnaie nationale.
Léconomiste indépendant Alexander Guerrero a expliqué
à IPS que « selon les professionnels, chefs dentreprise
et opposants politiques, laversion de ce gouvernement pour les
principes du libre-échange engendre une autarcie ruineuse en
laquelle je vois la facture à payer par les chefs dentreprises
pour leur conduite politique pendant la grève ».
Luis León, économiste de la société de sondages
Datanálisis a déclaré à IPS que le président
Chávez « ne comprend, en politique, que le langage
de laffrontement, ce qui incite à penser quil veut
mener la vie dure aux secteurs dactivité qui se posent
en adversaires ». « Il est vrai, a
admis le ministre de lagriculture, Efrén Andrades, que
ce contrôle des changes a été instauré non
seulement en réponse à une situation économique,
mais aussi dans un climat politique tendu. »
Outre le contrôle des changes, le gouvernement a décrété
un contrôle des prix sur des centaines de produits alimentaires
et de médicaments, et sur quelques autres biens et services,
ce qui a permis de ramener linflation de 3,4 % en février
à 0,8 % en mars. Chávez a déclaré ce mercredi
2 avril lors dune rencontre avec de petits patrons : « Tout
comme jai décidé un contrôle des changes et
des prix, je demande et jexige que la Banque centrale réglemente
les taux dintérêt, parce quils sont trop élevés,
et quils atteignent plus de 40 % pour les emprunts. »
Dautre part, la restriction des changes a fait réapparaître
des propositions de troc ou de paiement en devises nationales, notamment
de chefs dentreprises de Colombie (principal partenaire commercial
du Venezuela dans des secteurs non traditionnels) qui ont facturé
à leurs acheteurs vénézuéliens pour 350 millions
de dollars non encore encaissés. La présidente de la Chambre
de commerce Colombie-Venezuela, María Luisa Chiappe, a proposé
la semaine passée de recourir à la solution du troc mais,
devant les problèmes pratiques que cela pose, elle est revenue
à lidée de payer les achats avec des pesos colombiens
et des bolivars par lintermédiaire dune banque en
activité dans les deux pays. Lidée plaît à
Chávez qui, à loccasion dune rencontre avec
des chefs dentreprise brésiliens, a dit souhaiter que des
entreprises du Brésil fournissent des services dingénierie
et de construction de routes et de ponts au Venezuela, services qui
seraient payés en pétrole brut.
IPS, avril 2003
Traduction DIAL.
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