Après avoir suscité les plus vives espérances lorsquil
arriva pour la première fois au pouvoir le 16 décembre
1990, le président Aristide suscite désormais les plus
grandes inquiétudes. La situation du pays continue de se dégrader.
La violence est de plus en plus présente. Le président
est lui-même lobjet des plus graves accusations. Extrait
dun texte de Ronald Colbert daté du 28 mai 2003, paru dans
AlterPresse (Port-au Prince).
La question politique domine encore lactualité dans la
République dHaïti. Les protagonistes de cette crise,
en particulier le pouvoir lavalas, nont pas consacré defforts
véritables pour normaliser la situation dans la république
caraïbe, trois ans après les élections controversées
de lannée 2000, estime lorganisation des Etats Américains
(OEA) dans son dernier rapport sur Haïti rendu public le 22 mai
2003.
Après avoir focalisé lattention sur ce quil
appelle « restitution et réparation » de fonds
versés à la France au titre de la « dette de
lIndépendance », le régime lavalas agite
cette fois-ci la nécessité damender la Constitution
du 29 mars 1987. Désormais, un chef dEtat pourrait avoir
un mandat de 10 ans, ce qui rappelle étrangement une tendance
à une volonté de « garder le pouvoir à
vie », style totalitarisme des Duvalier.
Entre-temps, les voyageurs clandestins dits boat people reprennent
la mer de plus belle à partir dHaïti, en direction
des côtes des îles Bahamas et de la Floride aux Etats-Unis
dAmérique.
Droit humain, insécurité
et laxisme des autorités
Limpunité, qui gangrène
le système judiciaire en Haïti, est la cause principale
des actes de violence et dinsécurité qui tendent
à saccroître de nouveau dans la zone métropolitaine
de la capitale Port-au-Prince et dans plusieurs villes du pays.
Cest la lecture faite par différents organismes haïtiens
de défense des droits humains face à la recrudescence
des actes de banditisme dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince et
des conflits armés entre gangs rivaux dans la grande agglomération
de Cité Soleil, à la sortie nord de la capitale. Depuis
une semaine, les gangs saffrontent à coups darmes
à feu et dautres objets dans la cité Soleil. Aucun
bilan officiel nest venu jusquà présent faire
le jour sur le nombre de personnes victimes des affrontements armés
à Cité Soleil, où les membres de la Police Nationale
dHaïti (PNH), de par leur attitude passive, sont accusés
davoir fourni des armes aux gangs et dêtre de mèche
avec les meneurs des gangs.
Le 10 mai 2003, au cours de lémission très écoutée
Ranmase (Synthèse) de la station privée Radio Caraïbes,
un ancien inspecteur de la PNH en exil en République Dominicaine,
Presler Toussaint, a dénoncé la présence dune
« personnalité douteuse », parmi les agents
de sécurité du ministre de lintérieur lavalas
Jocelerme Privert. Cet agent de sécurité « douteux
», qui serait lié aux groupes armés à Cité
Soleil, serait impliqué, a dit Presler Toussaint, dans lassassinat
en 1995 de la policière Marie Christine Jeune. Le corps de la
policière Jeune avait été retrouvé criblé
de balles, peu de jours après quelle eut refusé,
contrairement à la demande du président dalors Jean-Bertrand
Aristide, de donner laccolade à des membres de l«
Armée rouge » de Cité Soleil quelle a estimés
devoir être derrière les barreaux de la prison pour leur
participation dans des actions malhonnêtes dans la cité.
A proximité de Cité Soleil, des gangs armés continuent,
ces jours-ci, dagir à visière levée en rançonnant
chauffeurs et passagers des véhicules publics et privés
qui osent saventurer sur « la route neuve », conduisant
en direction du Nord dHaïti. Depuis environ 3 ans, de nombreux
forfaits sont perpétrés sur cette « route neuve
», donnant accès par le Nord à Cité Soleil
et qui a été construite sous ladministration de
lex-président René Garcia Préval. Des victimes
rapportent que la police leur a toujours affirmé navoir
pas rencontré de bandits sur cette route, lorsquelle y
va en patrouille.
Cest sur cette « route neuve » quun avion
aurait débarqué, en début dannée 2003,
une cargaison de drogue saisie par des hommes lourdement armés,
dont des membres de la PNH qui auraient trempé dans lopération,
selon les informations circulant à lépoque à
Port-au-Prince.
La Police nationale dHaïti est sur la sellette : un inspecteur
dénommé Frémont Ambroise, soupçonné
davoir abattu un habitant, a été lynché par
des habitants de Cavalier, localité de Côte de Fer, dans
le Sud-Est dHaïti. Une balle se serait échappée
accidentellement de larme de linspecteur, tuant un habitant
de Cavalier, a fait savoir à la station privée Radio Métropole
Jean Robert Faveur, directeur départemental de la PNH qui a appelé
la population à recourir aux institutions judiciaires pour réclamer
justice. 4 arrestations ont été opérées
en relation à cette affaire, a indiqué la presse. Dautre
part, des membres de la PNH sont accusés davoir pris part
à lassassinat de 5 membres dune même famille
le vendredi 23 mai 2003 à Fort-Liberté, localité
de Petit-Goâve, à 68 kilomètres au sud de la capitale.
Linspection générale de la PNH se trouvait sur place
le lundi 26 mai 2003 pour enquête.
Le régime lavalas, par la voix du secrétaire dEtat
à la communication Mario Dupuy, na pas hésité
à pointer du doigt la presse indépendante qui aurait fait
preuve de « sensationnalisme » dans la couverture
des faits dinsécurité « en négligeant
dévoquer les saisies darmes illégales
» faites par la PNH. Des habitants de la capitale, interrogés
par la presse, se sont inscrits en faux contre cette accusation et ont
rappelé que la presse indépendante sévertue
à informer honnêtement lopinion des faits dintérêt
public.
Le même Mario Dupuy a annoncé que le régime lavalas
compte attaquer en diffamation quiconque savise dassocier
le nom du président du 26 novembre Jean-Bertrand Aristide dans
la question de banqueroute de la banque privée dominicaine Baninter.
Un des manitous de cette banque, lancien ambassadeur de la République
Dominicaine à Paris Luis Alvarez Meza, aurait entretenu des relations
serrées avec Aristide, aurait prêté à ce
dernier son avion personnel et laurait visité plusieurs
fois à Port-au-Prince, selon le Monde Diplomatique qui
a évoqué la banqueroute financière de Baninter.
10 ans au lieu de 5, comme mandat présidentiel
?
De nombreux citoyens
dHaïti, dont danciens constituants, ont élevé
la voix contre le projet du régime lavalas de procéder
à un amendement de la Constitution du 29 mars 1987.
Au nombre des changements envisagés, les membres lavalas, comme
le sénateur contesté Jean-Claude Délissé,
ont proposé, entre autres, de porter à dix ans au lieu
de cinq le mandat présidentiel, qui serait renouvelé au
gré de la décision populaire. Le mode de renouvellement
du mandat présidentiel nest pas clair dans la proposition
de Délissé, semblant identifier de nouvelles formes de
désignation de responsables qui seraient proches du referendum,
interdit par la Constitution du 29 mars 1987, aux yeux des observateurs.
Daucuns soupçonnent le régime lavalas de vouloir
restaurer la présidence à vie, sous une autre forme. Plusieurs
membres lavalas ont, en maintes fois, indiqué quà
partir des élections de lannée 2000, ils sétaient
accaparés du pouvoir pour au moins 50 ans, à linstar
du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui a gardé
le pouvoir pendant plus de 60 ans au Mexique.
Des partisans lavalas, non seulement dans des interventions publiques,
mais aussi dans des slogans quils affichent sur les murs, nont
pas cessé de réclamer une « présidence
à vie » pour leur chef quils tentent délever
sur un piédestal proche de la divinité. Le 7 avril 2003,
à loccasion du 200ème anniversaire de la mort du
précurseur de lIndépendance dHaïti Toussaint
Louverture, des affiches du pouvoir lavalas à leffigie
de Jean-Bertrand Aristide et de Toussaint Louverture mentionnaient que
le président du 26 novembre serait légal du premier
des Noirs : « Deux hommes, deux siècles, une même
vision ».
Toujours est-il que le régime lavalas continue davancer
inexorablement dans « ses projets », sans crier gare
et sans craindre aucune contestation, sur la base de ce que ses membres
auraient été investis dun « mandat populaire
» qui leur donne droit dappliquer leur « plan pour
Haïti ».
« Il ny a pas de fumée sans feu », selon
un proverbe haïtien qui se vérifie régulièrement
dans la réalité quotidienne.
Les voyageurs clandestins
reprennent la mer
Plus de 240 personnes ont
été rapatriées dans le pays en lespace de
quelques jours par les garde-côtes des États-Unis dAmérique,
qui les ont interceptées en haute mer sur de frêles embarcations
en direction de terres hospitalières.
« Nous ne voulons pas fuir Haïti, mais nous voulons nous
échapper de la misère qui nous frappe. Même lorsque
nous investissons pour faire des passeports, nous narrivons pas
à obtenir des visas pour voyager à létranger.
Quoi quil en soit, nous allons tenter à nouveau lexpérience
de la mer, dans la mesure du possible.. », a déclaré
le dernier groupe de 48 boat people ramenés au pays le 26 mai
2003.
Cette vague de voyages clandestins en mer survient dans un contexte
où le régime lavalas vient de conclure, le 23 mai 2003,
avec le gouvernement des îles Bahamas - qui renvoient de temps
à autre des compatriotes en Haïti, malgré la présence
de nombreux ressortissants du pays dans ces îles un projet
conjoint daccord-cadre de coopération qui devra orienter
les relations entre Haïti et les Bahamas dans des domaines prioritaires,
dont la question migratoire. Ces derniers jours, les Bahamas ont refoulé
à Port-au-Prince de nombreux sans-papiers haïtiens.
Considérant que la question migratoire a toujours été
une pierre dachoppement dans les relations bilatérales,
Fredrick Michel, ministre des affaires étrangères des
Bahamas, qui se trouvait en Haïti les 22 et 23 mai 2003, a souhaité
la poursuite des négociations entre les deux gouvernements.
Traduction DIAL.
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