Face au projet de loi promu par le président Lagos, des enfants
de ceux qui furent victimes des militaires ont inauguré une grève
de la faim en signe de protestation. Cette grève porte le nom
de Luciano Carrasco, fils dun journaliste assassiné José
Carrasco. Luciano fut incapable de se remettre de lexpérience
terrible quil vécu à lâge de 14 ans
lorsquun groupe armé de la dictature militaire arrêta
et assassina son père en 1986. Il se donna la mort dans la nuit
du 11 au 12 novembre 2002. Les assassins de son père restent
impunis. Ci-dessous, nous publions le texte rendu public par les grévistes
de la faim le 20 août 2003.
Aux forces armées chiliennes,
Aux assassins et complices,
membres des forces armées.
Nous sommes des enfants de Chiliennes et Chiliens qui ont été
torturés, assassinés et qui ont disparu.
Nous savons qui sont grand nombre des responsables ; nous savons
où ils vivent ; nous savons comment ils ont déchaîné
leur haine des pauvres et des travailleurs sur les corps de nos parents.
Nous savons comment ils les ont cherchés pour les tuer, nous
savons comment ils les ont traités dans leurs centres de torture
et leurs prisons ; nous savons comment ils ont sapé leur
dignité.
Nous savons tout cela, aussi ny a-t-il pas de sens à ce
quils continuent à le cacher.
Nous entendons tous les jours aux infos quelques-uns de leurs représentants
civils qui tentent dexpliquer ce qui ne peut pas lêtre.
Superbes, impunis, en liberté, ils prêchent en faveur de
lamnistie, en faveur de la prescription, finalement en faveur
de tout ce quimplique lIMPUNITÉ.
Les militaires qui sont responsables de ces faits ne doivent plus rester
dans les rangs des forces armées et encore moins recevoir leur
appui. On doit les limoger immédiatement, limoger les assassins,
tortionnaires et complices.
Limoger ceux qui, au nom des forces armées du Chili, ont fait
couler le sang de leurs propres compatriotes. Sinon, les forces armées
continueront comme elles lont fait jusquà
présent à être complices de ces criminels.
Parce que le massacre de milliers de Chiliens na AUCUNE justification
et que, tenter den trouver, cest continuer à être
complices de ces crimes. Continuer de dire quil y a eu des militaires
« qui ont commis des excès », que
cétait « une erreur », ou
quils ont agi pour une soi-disant nécessité de « sauver »
notre patrie et que par conséquent tous ces délits ont
été
« nécessaires »
est un mensonge et une lâcheté.
Il ny a aucune raison qui puisse justifier les faits qui ont eu
lieu après le 11 septembre 1973.
Ces individus sont simplement des CRIMINELS et ils ne doivent pas jouir
dun traitement privilégié.
Il nous semble que le fait quils nassument pas leur responsabilité
dans ces actes est une lâcheté, et tant que les forces
armées chiliennes ne les écartent pas, ne retirent pas
leur appui aux assassins et ne demandent pas pardon, nous ne croirons
pas à leurs déclarations de « bonne volonté ».
Tous doivent assumer leur responsabilité, aussi bien ceux qui
ont participé aux délits que ceux qui les ont couverts,
en leur offrant leur appui et leur protection, faisant ainsi obstacle
à laction de la justice.
Nous ne vous faisons pas confiance et nous ne croyons pas en vos « gestes
». Chaque fois que vous apparaissez en appelant à la réconciliation,
à la paix, nous nous demandons :
Pensent-ils, ne serait-ce quun instant, que nous, enfants des
personnes qui ont été torturées, assassinées
et/ou portées disparues, nous allons oublier ? Pensent-ils quils
pourront avec quelques sous acheter notre sang et notre mémoire
? Croient-ils quil existe une possibilité que nous puissions
nous réconcilier avec ceux qui ont fait couler le sang de notre
sang ? Croient-ils que nous allons serrer leurs mains maculées
de notre sang et nous asseoir à une table de dialogue pour discuter
? Comment pourrions-nous croire en vous si, quand vous parlez de réconciliation
et de paix, vous faites seulement la promotion de limpunité
et de loubli ? Il ny a aucune possibilité daccord,
même le plus minime tant que les assassins continueront à
se cacher dans leurs casernes. Nous navons pas oublié un
seul jour nos parents exemplaires et la douleur que nous avons vécue
ne sera pas calmée par des gestes menteurs. Leurs camarades de
lutte, leurs amis et des milliers de jeunes ne les ont pas, non plus,
oubliés et ne resteront pas tranquilles.
Croyez-vous un instant, quavec tant de crimes commis, vous allez
réussir à faire taire la voix, lidée, le
sentiment et la lutte pour légalité et la justice
? Même si cela vous gêne, nous, les enfants de ceux que
vous avez tués, nous sommes vivants, nous avons survécu,
votre pouvoir et votre haine implacables nont pas réussi
à nous faire taire. Nous ne nous sommes pas laissés écraser,
nous portons la tête haute et sommes disposés à
sacrifier notre vie, si cest nécessaire, pour la justice
et le droit.
Il ny a pas de sens à continuer à mentir, à
nier, à vous cacher comme des rats, loin de laction de
la Justice, puisque si vous ne permettez pas que les tribunaux agissent,
nous ne permettrons pas quau Chili limpunité soit
consacrée.
Aux assassins en uniformes, nous voulons dire en face ceci : il
ny a pas de chemin que vous puissiez prendre sans avoir à
affronter, à un moment ou un autre, la grande responsabilité
que vous avez pour les crimes que vous avez commis contre votre propre
pays.
Ni oubli, ni pardon, ni repos, justice maintenant !!!
Santiago, 20 août 2003
Fahra Nehgme (gréviste), Alberto Rodríguez (gréviste),
Pablo Villagra (gréviste), Iván Carrasco, Daniela Taberna,
Fernando Krauss, Michelle Retamal, Tamara Troncoso, Natalia Chanfreau,
Bárbara Vergara, Carolina Valdés, Alexandra Benad, Yuri
Gahona, Dago Pérez Videla, Eduardo Ziede, Juan José Parada,
Paula Codocedo.
Traduction DIAL.
En cas de reproduction,
mentionner la source DIAL.