Créée par un décret en date
du 2 juin 2001 sous la présidence intérimaire de Valentín
Paniagua, la Commission de la vérité - devenue ultérieurement
Commission de la vérité et de la réconciliation
- était composée de 12 membres, dont 7 nommés par
le président Paniagua et 5 par lactuel président
Toledo. Elle a commencé le 8 avril 2002 lauditon des victimes
et des témoins de la violence qui a sévi au Pérou
de 1980 à 2000 (cf. DIAL D 2574). Le nombre de victimes donné
par la Commission savère plus élevé que les
estimations habituelles. Article de Cristiano Morsolin, ALAI, 1er septembre
2003.
La présentation du rapport de la
Commission de la vérité et de la réconciliation
a soulevé des passions de toute espèce car plusieurs officiers
généraux à la retraite et des hommes politiques
en vue, liés à la stratégie antisubversive des
différents gouvernements, ont violé systématiquement
les droits humains, comme l'a fait également le Sentier lumineux.
Le rapport final de la Commission de la vérité et de la
réconciliation qui porte sur les violations des droits humains
pendant deux décennies au Pérou a été la
principale nouvelle de la fin de la semaine passée [fin août]
dans les différents moyens de communication dans le monde.
Plus de 69 000 Péruviens sont morts ou ont disparu du fait des
groupes de guérilleros, des paramilitaires et des forces armées
dans la guerre intérieure qu'a connue le pays entre 1980 et 2000.
Le président de la Commission de la vérité et de
la réconciliation, Salomón Lerner Febres, a eu des paroles
très dures : « La liste comprenant les noms de dizaines
de milliers de personnes que nous remettons à la nation est démesurément
longue », a-t-il dit. Il dénonça ensuite un
double scandale : l'assassinat, la disparition et la torture à
grande échelle, et l'inertie, l'incapacité et l'indifférence
de ceux qui pouvaient empêcher cette catastrophe humanitaire et
ne l'ont pas fait. Il a rendu le Sentier lumineux responsable du conflit
et a accusé les forces armées et la police de crimes de
lèse-humanité.
Trois victimes sur quatre ont été des paysans et des paysannes
dont la langue maternelle était le quechua. Il a déclaré
qu'on a trouvé de nombreuses preuves indiquant qui sont les responsables
de crimes graves. Elles seront remises aux institutions compétentes
pour que la loi soit appliquée.
Dans le rapport, on a rassemblé les actions entreprises par les
gouvernements qui ont vu le développement de la violence : celui
de Fernando Belaunde (1980-1985), de Alan García (1985-1990),
et celui du fugitif Fujimori (1990-2000), sans manquer d'indiquer les
responsabilités de chacun à chaque période.
La Commission propose une série de recommandations afin de satisfaire
l'objectif de réconciliation du pays avec le passé. Le
président Alexandro Toledo a déclaré : «
Nous ne pouvons pas ouvrir les portes de l'avenir sans ouvrir celles
du passé, sans vengeance et sans impunité. »
Il a parié en faveur d'une justice sans pressions ni interférences
afin que soient jugés tous les responsables.
La publication du rapport a provoqué diverses réactions,
tant de la société civile que des représentants
des
« pouvoirs durs », qui depuis plusieurs mois ont
mené une campagne d'opposition à la Commission de la vérité
et de la réconciliation. Il est explicable que le travail de
la Commission engendre des passions de toute espèce étant
donné que de nombreux officiers généraux à
la retraite et des hommes politiques en vue, liés à la
stratégie antisubversive des différents gouvernements,
ont violé systématiquement les droits humains comme l'a
fait le mouvement terroriste du Sentier lumineux.
Le père Gustavo Gutiérrez, promoteur de la théologie
de la libération, a souligné le professionnalisme des
membres de la Commission de la vérité. « Ces
personnes sont des personnalités reconnues à l'intérieur
comme à l'extérieur du Pérou pour leur crédibilité
morale et intellectuelle, et quand elles parlent des atrocités,
elles se réfèrent à des réalités
qui ont existé et qu'on ne peut pas occulter plus longtemps.
» Le religieux a affirmé que
«
les inquiétudes sont compréhensibles, mais qu'il faut
éviter que les institutions se solidarisent davance avec
ceux qui, dentre leurs membres, ont violé la loi et les
droits humains ».
Miguel Jugo, président de APRODEH (Association pour les droits
humains), a exprimé son soutien et son appui total aux conclusions
finales de la Commission de la vérité. Il a salué
l'engagement du président de travailler en faveur de la justice,
la réparation et le renforcement des droits humains. Il a affirmé
qu'il partageait le point de vue des membres de la Commission de la
vérité et de la réconciliation sur la responsabilité
politique présumée des gouvernements de Fernando Belaunde
et de Alan García dans les événements qui ont porté
atteinte aux droits humains dans la décennie 90. Il a souligné
que la Commission de la vérité et de la réconciliation
permettra de reconnaître les responsabilités pénales
d'Alberto Fujimori et de Vladimir Montesinos.
La responsabilité de l'Église
Le comportement de l'Église catholique a également été
analysé par la Commission de la vérité et de la
réconciliation. Selon le rapport final de la Commission, «
l'archevêché de Ayacucho (dont avait la charge l'actuel
cardinal Cipriani, membre éminent de l'Opus Dei) n'a pas défendu
fermement les droits humains pendant la plus grande partie du conflit
armé ». Bien plus, le document en question signale
que l'archevêché, « pendant la plus grande partie
du conflit armé a mis des obstacles au travail des organisations
ecclésiales liées à cette question (la défense
des droits humains), en même temps qu'il niait la violation des
droits humains ».
Dans une autre partie du texte, il est souligné que l'Église
catholique comme institution a traduit son refus de la violence terroriste
en appuyant des activités de défense des droits humains,
moyennant des organisations comme la Commission épiscopale d'action
sociale (CEAS). En ce sens, la commission a salué et a rendu
hommage aux prêtres, religieuses, fidèles catholiques et
évangéliques qui ont payé de leur vie la défense
des droits humains. Cependant elle a déploré que quelques
autorités ecclésiastiques naient pas réalisé
honnêtement leur engagement pastoral.
Le directeur exécutif de la Coordination nationale des droits
humains (CNDDHH), Francisco Soberón, a déclaré
:
« Nous qui avons suivi les faits depuis les années 80,
nous avons vu comment Cipriani a soutenu les familles de disparus, tous
ceux qui ont souffert des violations des droits humains à Ayacucho.
»
Ce rapport de la Commission a également un sens éducatif
pour les nouvelles générations, comme le souligne Tania
Pariona, membre de la coordination du JENATSO (Mouvement national des
jeunes, enfants et adolescents travailleurs organisés) qui a
déclaré que « l'enfance et la jeunesse ne sont
pas étrangères à la conjoncture ni aux événements
qui ont eu lieu antérieurement ; rappelons-nous seulement combien
d'enfants, garçons et filles, ont été affectés
physiquement et psychologiquement par la violence sociopolitique, ce
qui a conduit à la création de la Commission de la vérité
et de la réconciliation, précisément pour faire
socialement justice et reconnaître les responsables ».
Tania Pariona a ajouté : « Nous pensons que, pendant
ce temps, la Commission de la vérité et de la réconciliation
a joué un rôle historique non seulement en raison des recherches
faites mais aussi pour canaliser les informations et sensibiliser la
population à la violation des droits humains. Comme le JENATSO,
nous nous unissons à toute la solidarité que la société
civile revendique dans ces moments, étant donné que la
Commission de la vérité et de la réconciliation
a pu mettre en valeur certains points et faire des recommandations pour
la réflexion de la société. Nous espérons
que le rapport ne sera pas enfermé dans les archives mais qu'il
servira comme un moyen pour proposer des alternatives à de nombreuses
familles qui vivent encore les conséquences de la problématique
en question. »
La solidarité internationale
Diverses organisations internationales ont manifesté leur soutien
et leur solidarité avec le travail et le rapport présenté
par la Commission. En ce sens il faut mentionner les prises de position
de l'archevêque Desmond Tutu, président de la Commission
de la vérité d'Afrique du Sud, des Mères de la
place de mai et d'un groupe d'ONG italiennes au Pérou: Association
de solidarité des pays émergents (ASPEM), Terra Nuova,
Mouvement des laïques d'Amérique latine (MLAL), ARCI, Culture
et développement au Pérou, Coopération internationale
italienne (COOPI), Communauté du Saint Esprit, Groupe de volontaires
civils (GVC), qui ont diffusé un document en appui à la
société civile et à la Commission de la vérité
et de la réconciliation. Mirtha Allende, membre de l'équipe
de la Coordination nationale des droits humains (CNDDHH - http://www.dhperu.org)
a dit que « ce rapport en appui au travail de la Commission
de la vérité et de la réconciliation que promeuvent
les ONG italiennes aidera à soutenir ce processus de vérité,
justice et réparation par lequel doit passer notre pays pour
que les erreurs du passé qui ont causé tant de souffrances
aux plus exclus du Pérou ne se répètent pas et
que nous puissions remédier à leurs conséquences
».
Des organismes internationaux comme WOLA (Bureau de Washington pour
les affaires latino-américaines), Human Right Watch et Amnesty
International ont également fait connaître leurs points
de vue sur le rapport présenté par la Commission de la
vérité et de la réconciliation.
Face au nombre de morts et de disparus pendant les années de
violence au Pérou, qui s'élève a plus de 69 000
selon les calculs de la Commission, José Miguel Vivanco, directeur
exécutif pour les Amériques de Human Right Watch (http://www.hrw.org)
a déclaré que ces chiffres « dépassent
les estimations antérieures. Ils manifestent l'entière
brutalité de la rébellion au Pérou, ainsi que le
niveau des moyens de répression qui furent adoptés pour
la contenir. » Pour Vivanco, « la véritable
preuve de la volonté du Pérou de se confronter à
ses abus passés, réside dans la façon dont le gouvernement
gère la question des mises en accusations », assurant
que le monde « observera si le procureur général
fait l'effort nécessaire pour la recherche et le jugement »
des coupables.
De son côté, Amnesty International (http://www.amnesty.org)
a indiqué que le rapport de la Commission est un
« pas important fait en direction de la vérité
et de la justice ». Elle a souligné que les responsables
des violations des droits humains doivent être jugés, et
que les victimes et leurs familles doivent faire l'objet d'un dédommagement
correct. L'organisation internationale avertit que « pour éviter
que l'histoire ne se répète, les autorités péruviennes
doivent protéger et promouvoir à l'avenir tant les droits
économiques, sociaux et culturels que les droits civils et politiques
».
Le Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines
(WOLA - http://www.wola.org) a qualifié de
« grande avancée » la remise du rapport final
de la Commission. Kimberly Stanton, directrice adjointe de WOLA, a déclaré
: « Le gouvernement des États-Unis doit reconnaître
l'effort fait par le gouvernement péruvien pour la recherche
de la vérité concernant la période de la violence
et lui accorder son soutien politique et symbolique. »
Traduction DIAL.
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