Le travail des enfants est une source de revenus pour des foyers vivant
dans le dénuement. Cest pourquoi, une ONG de Buenos Aires,
pour lutter contre cette forme de travail, lance des entreprises de
production afin de procurer du travail aux parents, ceux-ci sengageant
en retour à retirer leurs enfants du marché du travail
et à permettre leur scolarisation. Lécole doit évidemment
sadapter à ces enfants si on veut que lopération
soit couronnée de succès. Article de Fernanda Sández,
Noticias Aliadas, 22 octobre 2003.
Carolina est une fillette de 10 ans, le
sourire aussi étincelant que sa blouse et, surtout, elle a très
sommeil.
« Cest quaujourdhui, je me suis levée
très tôt pour aller à lécole »,
explique-t-elle, heureuse. On le serait à moins. Pour cette fillette,
née dans une famille déshéritée, où
sa mère et sept frères et surs survivent en ramassant
des ordures, aller à lécole relevait, jusquà
récemment, de lutopie.
« Jallais ramasser des cartons tous les soirs et je me
couchais très tard, ce qui fait que je manquais souvent lécole
et que, quand jétais en classe, je ny comprenais
rien. Aujourdhui, cest différent. Je suis moins fatiguée
et jarrive à apprendre. »
Carolina participe à un projet géré par lorganisation
non gouvernementale Alma Mater Indoamericana (AMI) intitulé «
De la décharge à la dignité ». Dans ce projet,
financé par lOrganisation internationale du travail (OIT),
650 ramasseurs de cartons des deux sexes habitant à José
C. Paz, Tigre et San Miguel trois des localités les plus
pauvres de la province de Buenos Aires ont pu reprendre à
plein temps des études primaires quils suivaient dune
manière sporadique ou quils avaient abandonnées.
Et, plus important, ils ont aussi commencé à déserter
la rue.
Selon les chiffres du Fonds des Nations unies pour lenfance (UNICEF),
lArgentine compte 1,5 million denfants travailleurs, dont
beaucoup sont employés au ramassage de cartons et dautres
matériaux destinés à être recyclés.
Pour cette raison, ce projet qui touche aujourdhui 240
familles, composées en majorité dune mère
célibataire ayant à sa charge quatre enfants en moyenne
constitue une lueur despoir.
« Lidée est très simple : nous lançons
des entreprises de production qui apportent du travail aux parents et,
en contrepartie, ceux-ci sengagent à retirer leurs enfants
du marché du travail et à leur faire reprendre lécole
», explique Karina González, directrice générale
dAMI.
La plus connue de ces initiatives productrices porte le nom d«
El Niño » [LEnfant], marque dun détergeant
pour lave-vaisselle produit et commercialisé par les mères
et quelques pères des jeunes ramasseurs de cartons. Ces parents,
intégrés au programme, reçoivent une formation
ainsi quune rémunération mensuelle de près
de 170 dollars contre la promesse que leurs enfants cesseront de travailler
et poursuivront leurs études.
La matière première du détergeant est donnée
par lOrganisation des Nations unies et sa production seffectue
dans une salle de classe. Il se vend entre voisins, mais on le trouve
déjà sur les rayons de quelques établissements
commerciaux, et une importante chaîne de supermarchés sest
montrée intéressée par le produit.
« Cette initiative est la plus connue, mais ce nest pas
la seule en cours », précise Mme González. «
Dautres familles produisent des pâtes ou des galettes, tressent
des paniers, et certaines ont obtenu un petit crédit pour monter
un commerce. On veille à ce que les projets soient non seulement
rentables pour les familles mais aussi viables. »
Le programme, commencé en novembre 2002, fonctionne aujourdhui
dans ces trois localités de la province de Buenos Aires particulièrement
affectées par la crise économique et sociale qui a éclaté
en décembre 2001.
Toutefois, lécole publique demeure dans ces quartiers un
important espace de socialisation. Non seulement les enfants y reçoivent
ce qui est souvent leur seul repas de la journée, mais ils sy
sentent protégés dun environnement hostile dans
lequel les délits et les drogues font partie du quotidien.
« Les enfants qui vivent du ramassage du carton sont mal alimentés,
contractent des maladies à force dêtre en contact
permanent avec les ordures et sont exposés à toutes sortes
de dangers, affirme Graciela Della Giovanna, directrice de lécole
n° 15 de José C. Paz, et, comme ils sont fatigués,
ils nassistent pas aux cours ou ils viennent à lécole
uniquement pour manger. Voilà pourquoi cette idée ma
emballée au point que jai mis à disposition des
organisateurs du programme des salles pour que les parents puissent
travailler. Les mères, je devrais dire, parce que les pères,
il ny en a presque pas. »
Mais le retour de ces jeunes à lécole a demandé
beaucoup plus que cela. Pour cette raison, comme lexplique le
pédagogue cubain Félix Muñoz, directeur du département
de léducation dAMI, pendant les vacances de décembre
à février, des classes de soutien ont été
données aux enfants pour les mettre au niveau de leurs camarades
lorsquils réintégreraient le système scolaire
en mars.
Par ailleurs, les maîtres ont acquis de nouvelles méthodes
denseignement, indispensables lorsquil sagit déduquer
des enfants de cette catégorie, dont les besoins et les rythmes
dapprentissage sont particuliers.
« Lécole doit pouvoir sadapter à
chaque enfant, dans ce quil a de spécial et de différent,
à ses intérêts et motivations », poursuit
M. Muñoz. « Faute den tenir compte, lécole
ne servira quà un petit nombre, ce qui exclut tout apprentissage
et toute équité. »
On remet aux familles qui participent au programme des sacs de nourriture
pour lutter contre la malnutrition et les enfants consultent un dentiste
pour éviter de se retrouver sans dents à leur majorité.
Des sorties organisées au cinéma, au théâtre,
dans des musées et des parcs dattractions sont un autre
élément important de ce programme. Dautre part,
les week-ends, les enfants sinitient à linformatique.
« Cela va leur servir beaucoup », déclare,
convaincue, Patricia Sosa, mère de six enfants, analphabète,
qui continue de survivre en récoltant du carton, bien quelle
ait commencé à produire du détergeant, initiative
dans laquelle elle met énormément despoirs. «
Je veux que mes enfants puissent étudier parce que, pour moi,
cest exclu. »
Traduction DIAL.
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