Il y a 54 peuples indigènes dans lAmazonie colombienne.
Parmi eux, 22 sont menacés dextinction, parmi lesquels
certains comptent très peu de membres. Nous publions ci-dessous
un texte paru dans ADITAL, 15 décembre 2003, présentant
cette situation et des extraits dun entretien avec L. Evelys Andrade,de
lOrganisaztion nationale indigène de Colombie (CONIC) paru
dans ALAI, 4 février 2004.
LAssociation latino-américaine
des droits humains (ALDHU), créée en Équateur et
présente dans ce pays depuis 3 ans, a présenté
récemment un rapport sur quelques ethnies dAmazonie, lesquelles
comptent moins de 1 000 membres et parfois moins de 100. Actuellement,
il existe 22 peuples indigènes dAmazonie colombienne en
danger dextinction due à la négligence de lEtat
et au conflit armé.
Ces 22 groupes aborigènes, selon le rapport intitulé Lagonie
du jaguar : droits des peuples indigènes de lAmazonie colombienne,
pourraient subir le même sort que 90 tribus qui ont disparu de
cette zone au court du XXème siècle à cause des
maladies, des colonisations et des « cueilleurs de caoutchouc
». Réalisée sous les auspices de lUnion européenne,
létude est le résultat du travail réalisé
durant un an et demi par les indigènes des communautés
qui habitent ce territoire colombien, durant lequel ils ont eu des entretiens,
dans leur propre langue, avec les principaux leaders des diverses ethnies
regroupant une population totale de 98 580 membres.
Entre les 22 peuples aborigènes qui sont en danger dextinction
il y a, selon lALDHU, les peuples Taiwamo (de seulement 22 membres),
Makaguaje, Pisamira, Piaroa, Muinane, Jupda (avec moins de 100 membres),
Tucano, Ticuna, Curripaco et Witoto (dépassant à peine
les 7 000). De plus, ajoute lorganisme humanitaire, il y a des
communautés comme les Embera ou les Páez (Nasa) nombreux
au-delà de lAmazonie, ainsi que dautres comme les
Cocama, Ticuna et Pairoa, du Venezuela, du Pérou ou du Brésil.
Les chiffres mis en avant par létude montrent que des 490
Nukak, 40 ont été déplacés, et que sur les
1 271 Cofán, 26 ont été assassinés. Cest
comme si à Bogotá 2% de la population avait été
assassinée en 5 ans (soit environ 140 000 habitants).
Le rapport soutient que beaucoup de problèmes sont dus au manque
de présence du gouvernement, lequel na pas reconnu les
entités indigènes comme des entités publiques et
que les soutenir cest construire lEtat. Le rapport ajoute
que les autorités ne connaissent pas la réalité
culturelle et écologique de la zone. Dario Villamizar, directeur
exécutif de lALDHU a avancé que, entre 1999 et 2003,
près de 300 indigènes furent assassinés, ce qui
représente un taux de 276,9 pour cent mille habitants, plus de
quatre fois et demie le taux national. Près dun cinquième
sont des autorités, mamos et capitanes [termes qui désignent
des autorités traditionnelles].
De même, le rapport a notifié le déplacement par
la violence de 1 725 indigènes, cest-à-dire 1,74%
de la population indigène amazonienne, environ 3 fois plus que
la moyenne nationale de 2002.
Les actions militaires sur les terres sacrées, loccupation
du territoire traditionnel, le contrôle à lentrée
des aliments et des combustibles de la part des groupes irréguliers
et de larmée, lenrôlement forcé des
enfants et les régimes de terreur imposés dans certains
lieux par les paramilitaires sont le pain quotidien en de nombreuses
zones de lAmazonie, signale le rapport de lALDHU. Cette
organisation attribue lactuelle situation que vivent les indigènes
dAmazonie à labsence de présence étatique,
au conflit armé, aux cultures illicites de coca et de pavots.
On est au bord de la disparition de 22 des 54 ethnies qui habitent ce
territoire colombien.
LES INDIGÈNES ET LE PLAN COLOMBIE
Interview de L. Evelys Andrade,
Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC)
Le conflit colombien est en cours de
régionalisation. Des indigènes fuient vers l'Equateur,
le Panama ou le Venezuela. Que pensez-vous de cette situation ?
La stratégie du Plan Colombie a de graves implications sur les
communautés indigènes et a une dimension régionale.
Beaucoup de gens et de nombreux gouvernements pensent qu'il s'agit d'un
problème purement colombien mais il a aussi des implications
dans les pays frontaliers. Si on augmente chaque fois la pression sur
les groupes insurgés, s'il y a confrontation, alors eux aussi
seront obligés de chercher des territoires frontaliers. Et, dans
la mesure où il y aurait une confrontation, il y aura des dénonciations,
des persécutions, des actions violentes contre les communautés
qui devront, elles aussi, passer les frontières. C'est un problème
qui doit s'analyser comme un problème régional, qui nous
concerne tous et avec lequel nous devons être solidaires. Les
gouvernements doivent développer une politique qui prenne en
compte les implications de l'application du Plan Colombie dans une perspective
militariste de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Je
ne veux justifier ni l'un ni l'autre mais, sous ces prétextes
et dans le combat contre ces deux phénomènes que l'humanité
rejètent, les peuples indigènes et non-indigènes,
les Noirs, etc.
sont ceux qui payent les conséquences.
Plus précisément, de quelle façon le conflit
armé affecte-t-il les populations indigènes de l'Amazonie
colombienne ?
Dans le cas de l'Amazonie colombienne, ces populations n'ont pas de
problèmes territoriaux. Pratiquement toutes jouissent d'une reconnaissance
et leur réserve est identifiée légalement. Le problème
réside dans le fait que les groupes armés commencent à
faire des incursions sur ces territoires. Ce sont des communautés
très isolées, très vulnérables, très
peu prises en compte par le gouvernement national. C'est pour cela que
nous pensons qu'il faut lancer un SOS pour les peuples indigènes
de l'Amazonie et pour ceux qui vivent dans les zones frontalières
parce qu'ils courent des risques énormes. Si les organisations
ne mènent pas d'actions concrètes, s'il n'y a pas d'implication
claire et une action décidée de la part du gouvernement
colombien, des gouvernements des pays frontaliers et de la coopération
internationale pour arrêter cela et sauver la situation de ces
communautés, on pourra parler, d'ici quelques années,
d'extinction de ces peuples. On ne peut pas éluder cette responsabilité
historique.
Etant donné que ce sont de petits villages, dans leur majorité
de maximum 100 personnes, ils peuvent courir le risque, si le conflit
armé s'amplifie, que la jeunesse, par exemple, abandonne les
communautés et aille grossir les rangs des groupes armés,
que ce soit volontairement ou parce qu'ils sont soumis à des
pressions. D'autre part, puisque le gouvernement n'a pas de politique
volontariste à leur égard, les communautés peuvent
être décimées par les maladies et les épidémies.
De la même façon, si l'on assiste à une confrontation
majeure dans les territoires, il y aura des déplacements massifs
vers les villes et cela mettra en danger la survie physique et culturelle
des peuples indigènes parce qu'ils vont se disperser et perdre
leur condition de peuple et de communauté. En outre, certaines
entreprises multinationales, pharmaceutiques ou pétrolières,
ont des intérêts dans l'exploitation des ressources des
territoires. Cela aussi met en danger la survie physique et culturelle
de ces peuples car, dans la mesure où ils assument une position
de rejet des mégaprojets, de revendication de leurs droits et
qu'ils veulent négocier ce qui leur est dû, ils commencent
à être en danger. Nous savons que plusieurs dirigeants
ont été menacés par les groupes armés et
par les secteurs économiques qui ont des intérêts
dans ces régions.
ALAI, América Latina en Movimiento, 4 janvier 2004.
Traduction RIBSAL - http://risal.collectifs.net/
Traduction DIAL.
En cas de reproduction,
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