En Equateur, à Quito, du 21 au 25 juillet, sest
tenue le deuxième rencontre des peuples et nationalités
indigènes de Abya Yala, nom donnné par les indigènes
à lAmérique latine. Une vingtaine de pays de ce
continent étaient représentés par quelque 300
délégués. Les thèmes majeurs détudes
furent la terre et les ressources naturelles, lautodétermination,
la propriété des connaissances indigènes, la
plurinationalité, la participation politique, etc. Nous publions
ci-dessous la déclaration finale.
Depuis le cur du monde,
au zénith du soleil, suite à le Ière Rencontre
de Teotihuacan, le 25ème jour du mois de juillet 2004, les peuples
et nationalités indigènes de Abya Yala, qui se sont eux-mêmes
convoqués et réunis à la IIème Rencontre
continentale organisée par la Confédération des
nationalités indigènes de lEquateur (CONAIE), lOrganisation
des nationalités quichuas de lEquateur (ECUARUNARI) et
la Coordination des organisations indigènes de la zone amazonienne
(COICA), avec la participation de délégués de 64
peuples et nationalités indigènes, nous faisons entendre
notre parole.
Nous sommes les peuples originels de Abya Yala. Nos ancêtres,
nos grands-parents nous ont enseigné à aimer et vénérer
notre féconde Pacha Mama, à vivre en harmonie et liberté
avec les êtres naturels et spirituels qui existent en elle. Les
institutions politiques, économiques, sociales et culturelles
que nous avons, sont lhéritage de nos ancêtres et
sont la base pour la construction de notre futur.
Les vallées et les plaines, les forêts et les déserts,
les collines et les monts, les mers et les rivières, laigle
et le condor, le quetzal et le colibri, le puma et le jaguar sont les
témoins de nos systèmes socio-politiques collectifs basés
sur la durabilité humaine et environnementale.
Nous avons été dépossédés de nos
territoires originels par les colonisateurs et les Etats nationaux,
divisés pour garantir le contrôle politique et repoussés
dans des lieux inhospitaliers. Les territoires où nous vivons
aujourdhui se caractérisent par la conservation de la biodiversité
et lexistence de ressources naturelles qui sont convoitées
par les multinationales à cause desquelles nous souffrons de
nouveau de la dépossession.
Les gouvernements nationaux, suivant les lignes du Fond monétaire
international (FMI), de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine
de développement (BID), nous anéantissent avec le paiement
de la dette extérieure et utilisent contre nous nos droits collectifs
à la terre, en modifiant les législations pour permettre
la privatisation de la terre, lassociation avec les entreprises
et lappropriation individuelle.
Nous dénonçons les gouvernements dAmérique
latine qui utilisent chaque fois plus la répression violente
caractérisée par les violations de nos droits humains
et de nos droits comme peuples, la criminalisation de nos actes pour
la défense de la vie et des cérémonies spirituelles,
la paramilitarisation, les expulsions de nos terres, loccupation
militaire, la cooptation et la corruption des autorités locales
et des dirigeants, la promotion de projets essayant de « compenser
» les préjudices causés par les entreprises transnationales,
la supposée répartition équitable des bénéfices,
la migration forcée. Et ils promeuvent la division, la confrontation
et laffrontement armé entre communautés, pour imposer
leur politique dexclusion, de racisme et doppression.
Nous nous opposons catégoriquement à létablissement
de plans comme celui de lIntégration des infrastructures
régionales sud-américaines (IIRSA), le Plan Puebla Panama,
le Plan Patriote, le Plan Colombie, le Plan Dignité, le Plan
Andin, la création de bases militaires. Nous nous opposons aussi
à létablissement de lAire de libre commerce
des Amériques (ALCA) et des Traités de libre commerce
(TLC), lesquels sont impulsés par lOrganisation mondiale
du commerce (OMC) au profit des pays pilleurs de la planète,
sous lunique prétexte de la création dinfrastructures
pour la circulation de leurs marchandises, le dépouillement des
ressources naturelles de nos terres et territoires et la protection
des entreprises transnationales. Nous les définissons comme plans
dinvasion pour le pillage, la destruction et la mort.
Nous rejetons la réalisation de plans de découpage territorial,
de prospections et dexploitation des minéraux et des hydrocarbures,
létablissement daires naturelles protégées
et de plantations forestières. La contribution pour les services
environnementaux, la privatisation de lair et de leau, les
fumigations, létablissement de brevets sur les ressources
naturelles et culturelles et lutilisation de transgéniques
sur nos territoires : tout ceci est orienté pour garantir la
reproduction du grand capital transnational au détriment de notre
propre vie.
Nous dénonçons la violation par les Etats nationaux dAmérique
latine des instruments juridiques nationaux et internationaux au détriment
des droits collectifs de nos peuples, comme la Convention 169 de lOrganisation
internationale du travail (OIT) [convention concernant les droits
des populations tribales et indigènes dans les pays indépendants],
pour laquelle nous exigeons la ratification immédiate par tous
les pays dAmérique et du reste du monde.
Nous réclamons que lOrganisation des Etats américains
(OEA) modifie la Déclaration américaine des droits des
« populations » indigènes. Nous demandons à
cet effet la participation et la décision des peuples autochtones.
Nous dénonçons le fonctionnement des Nations unies, qui,
après avoir déclaré une décennie des populations
indigènes, la laissée vide de contenu puisque ne
se sont pas réalisées les actions nécessaires pour
faire adopter la Déclaration universelle des droits des peuples
indigènes.
Face à la situation de dépossession qui caractérise
lexistence de nos peuples,
Nous décidons de :
Créer un espace permanent de liens et déchanges,
où convergeront expériences et propositions, pour que
nos peuples et nationalités affrontent ensemble les politiques
de globalisation néolibérale.
Etablir un agenda commun dactions et de mobilisations manifestant
notre rejet du modèle excluant, et comportant des actions communes
et concertées à légard des organismes auxquels
nous participons.
Etablir des alliances avec dautres secteurs de la société
qui nous permettront daffronter les politiques qui nous oppriment,
tout particulièrement avec les mouvements sociaux.
Exiger la liberté inconditionnelle des leaders et autorités
indigènes détenues injustement pour la défense
de la terre et lexercice de lautonomie. Nous réclamons
réparation du préjudice moral subi par les peuples et
nationalités indigènes pour les assassinats perpétrés
contre ses habitants, de même que lindemnisation des familles.
Exiger des Etats nationaux dAmérique latine le rapatriement
sans conditions des ressources génétiques et culturelles
qui ont été extraites légalement ou illégalement
de nos terres et territoires, la restitution des terres accaparées,
le libre passage des personnes indigènes sur leurs territoires
quand ceux-ci se situent de part et dautre des frontières
nationales, lindemnisation aux peuples affectés par les
conséquences de toute nature et par les dépossessions
ainsi que la restitution dans les conditions initiales de ses terres
et territoires, le respect strict des territoires de nos peuples et
nationalités indigènes, tout particulièrement ceux
qui nont pas encore été contactés et ceux
qui vivent volontairement isolés.
Exiger des gouvernements quils solutionnent tous les conflits
causés par lexploitation des ressources naturelles, ayant
pour conséquences le manque de garantie territoriale et la mise
en danger de nos vies quand sappliquent des politiques étatiques
et transnationales, comme le cas des Sarayaku, Raposa Sierra del Sol,
du Plan Colombie, Río Pilcomayo, Montes Azules, Camisea, le cas
du gaz de Bolivie et Margarita, Ashánica.
Participer aux Forums internationaux comme les Forums sociaux mondiaux
et des Amériques, avec des propositions communes reflétant
la position du mouvement indigène.
Nous solidariser avec la CONAIE face à la grave attaque entreprise
à son encontre par le gouvernement équatorien du colonel
Gutiérrez qui tente de saper sa lutte pour la construction dun
Etat plurinational.
Nous solidariser avec le peuple du Venezuela et le président
Hugo Chávez, qui se sont caractérisés par la défense
de la souveraineté nationale, face à la grave attaque
du gouvernement des Etats-Unis. Nous appelons à réaliser
des actions contre le référendum du 15 août 2004.
Nous solidariser avec le peuple cubain et sa permanente lutte anti-impérialiste.
Face à cela nous affirmons :
Que les territoires que nous habitons sont les nôtres pour toujours,
historiquement et de droit. Ils sont inaliénables, imprescriptibles
et insaisissables.
Que nous avons nos propres modèles qui garantissent la continuité
de nos peuples et nationalités en harmonie avec la nature et
qui ont comme base notre héritage culturel ancestral.
Que nous navons pas besoin de reconnaissance légale pour
créer des espaces autonomes nous permettant lexercice de
la libre détermination de nos peuples et nationalités.
Traduction DIAL.
En
cas de reproduction,
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