Le 1er janvier 1994 avait lieu dans lEtat
du Chiapas le soulèvement zapatiste. Une forme nouvelle de
résistance apparaissait, qui va se déployer jusquà
aujourdhui avec une capacité exceptionnelle dimagination
créatrice et de sens de la communication. Il sagit véritablement
de la mise en route dune « nouvelle façon de faire
de la politique ». Il nest donc pas étonnant que
les zapatistes aient suscité tant dintérêt
dans un monde où les pratiques politiques habituelles engendrent
scepticisme et sont aisément discréditées. En
2003, un nouvel élan était donné au mouvement
zapatiste par la mise en route effective dun mode de gouvernement
autonome dans les zones zapatistes. Ce fut la création des
caracoles et des conseils de bon gouvernement. Larticle ci-dessous
présente les différents éléments de la
mise en route de cette autonomie, tant au plan institutionnel que
des finalités et des pratiques effectives. Le bilan présenté
est largement positif, alors même que le processus est loin
davoir produit tous les fruits attendus. Lautonomie se
construit chaque jour. Article de Ximena Antillón, correspondante
de la revue Envió (Nicaragua) pour le Chiapas, paru
dans cette même revue en septembre 2004.
«
Si ce gouvernement de malheur ne veut pas entendre notre message,
quil aille au diable ! » Ainsi sest exprimée
la commandante Rosalinda le 9 août 2003, lors du lancement des
premiers caracoles et des conseils de bon gouvernement dans les terres
zapatistes du Chiapas.
Un an plus tard, on constate que le monde a bien entendu le message.
« Les sociétés civiles du Mexique et du monde
entier, affirme le sous-commandant Marcos, travaillent pour nous et
avec nous. »
Le 1er janvier 2004 a marqué le dixième anniversaire du
soulèvement zapatiste et les vingt ans de la création
de lArmée zapatiste de libération nationale (EZLN),
événements fêtés au Chiapas et partout dans
le monde. Les motifs de réjouissance ne manquaient pas pour ce
mouvement armé, caractérisé dès ses débuts
par la recherche du dialogue avec la société civile mexicaine
et internationale, par la recherche dune issue politique au conflit
dont les pourparlers de San Andrés Sakamchen de
los Pobres ont constitué le point culminant , et par le
refus du pouvoir politique, du moins tel quon le connaît
dans les régimes de démocratie représentative.
Dans la foulée de la première Déclaration de la
Selva Lacandona, et des revendications quelle contenait (un travail,
une terre, un toit, de la nourriture, la santé, léducation,
lindépendance, la démocratie, la liberté,
la justice et la paix), les zapatistes ont mis en uvre lautonomie
comme principe politique de leur existence et de leur développement
en tant que culture différente de la culture occidentale, et
en tant que moyen de satisfaire ces revendications sur la base du respect
de la spécificité culturelle des peuples indigènes.
La « loi » et les vautours
En février 1996 furent signés les Accords de San Andrés
sur les droits et la culture indigènes, au terme dun processus
de dialogue entre le gouvernement et lEZLN auquel les zapatistes
avaient invité les peuples indigènes de tout le Mexique.
Ces accords débouchèrent sur une proposition de loi de
la COCOPA (Commission pour la concorde et la pacification), constituée
de législateurs représentants des partis politiques, mais
le gouvernement mexicain, contrairement à lengagement pris,
refusa dinscrire dans la Constitution les droits collectifs des
peuples indigènes tels quils étaient reconnus dans
la proposition de loi. Au lieu de cela fut approuvée en 2001
une « loi indigène », mesure de propagande destinée
à faire barrage à la marche du commandement de lEZLN
sur la capitale du Mexique. Cette loi, pleine dambiguïtés,
ne reconnaît pas les peuples indigènes comme étant
des sujets de droit et refuse aux communautés indigènes
le droit dexercer un contrôle sur leur territoire et leurs
ressources naturelles, comme si elles pouvaient profiter de lautonomie
qui leur est octroyée sans quon leur en donne les moyens.
Comment cela sexplique-t-il ? Au-dessus du Chiapas planent les
vautours des entreprises transnationales, qui ne demandent quà
mettre la main sur des ressources stratégiques jusquà
présent préservées par les communautés indigènes.
Parmi elles, leau et la biodiversité.
Les communautés indigènes zapatistes ont demandé
que leurs droits collectifs soient inscrits dans la Constitution mexicaine.
Mais elles nont pas attendu le feu vert officiel pour pouvoir
les exercer. Depuis huit ans, on voit se créer ou se consolider
des communes autonomes rebelles zapatistes, dirigées chacune
par un Conseil autonome composé dautorités élues
en assemblée par chaque communauté, et souvent avec le
soutien de la société civile. Ce conseil est chargé
de promouvoir la santé, léducation, le logement,
lalimentation, la culture et linformation (moyens de communication
autonomes), et dadministrer la justice. Loriginalité
de ce système est quil fonctionne « dans la résistance
», cest-à-dire sans laide de lEtat.
Autonomie et caracoles
A la fin de juillet 2003, lArmée zapatiste de libération
nationale apporta des changements à sa structure : elle mit fin
aux cinq Aguascalientes, qui avaient fait office de centres politiques
et culturels pendant neuf ans. Ces centres avaient été
baptisés de ce nom en hommage à la Convention dAguascalientes
de 1914, qui avait réuni les principales factions révolutionnaires
et troupes de Zapata, Villa et Carranza pour discuter de lavenir
politique du Mexique.
A leur disparition, les Aguascalientes furent remplacées par
les caracoles, nouvelle forme de gouvernement et dorganisation.
Leur désignation sinspire de la symbolique de limaginaire
collectif maya. Elle fait penser à une fenêtre double.
Lorsque les zapatistes se montrent à la fenêtre, cest
pour résister au processus de mondialisation dont ils font partie.
Lorsque, par la même fenêtre, ils regardent à lintérieur,
en direction des communautés de base quils soutiennent,
cest pour trouver des moyens de sorganiser et de prendre
des décisions.
En même temps quelle annonçait la naissance de ces
nouveaux points de convergence, lEZLN lança les conseils
de bon gouvernement, instances de coordination des communes autonomes
dans chaque zone, dont les installations sont situées dans les
caracoles, près dautres installations administratives autonomes,
des bureaux des coopératives de production, des cliniques et
des écoles.
Contrairement à ce quont voulu faire croire les milieux
politiques qui voient dans la reconnaissance des droits des indigènes
une menace pour leurs intérêts, ce nouveau mode dorganisation
des communautés indigènes néquivaut pas à
une indépendance quexigeraient les peuples indigènes
du Mexique. Il signifie simplement lexercice de lautonomie
dans le cadre de lEtat.
« Pour nous, lautonomie ne signifie pas léclatement
du pays ni le séparatisme, mais lexercice du droit de gouverner
et de nous gouverner, comme le prévoit larticle 39 de la
Constitution des Etats-Unis du Mexique », a déclaré
le sous-commandant Marcos en juillet 2003.
Les conseils de bon gouvernement et la démocratie
Chacun des conseils de bon gouvernement, « que lon a
désignés ainsi, a expliqué le sous-commandant Marcos,
non pas parce quils seraient déjà sans défaut,
mais pour les différencier clairement des mauvaises méthodes
de gouvernement », a son siège dans un des cinq caracoles.
Ces conseils, créés à raison dun par zone
rebelle, se composent dun ou deux délégués
de chacun des conseils autonomes de la zone. Ces délégués
exercent par roulement dune semaine.
Les conseils de bon gouvernement constituent une étape de plus
sur la voie de lautogestion, le stade le plus avancé
pour lheure de lautonomie. Ils rassemblent environ
30 communes autonomes zapatistes. Ils signifient également lautonomie
des autorités civiles, des zapatistes de base, de la structure
militaire de lEZLN, structure dont le sous-commandant Marcos reconnaît
« [quelle] contaminait dune certaine
façon une tradition de démocratie et dautogestion.
LEZLN était, pour ainsi dire, un des éléments
antidémocratiques dune relation de démocratie
directe communautaire ».
Tâches à remplir et défis
Dans un communiqué diffusé le 29 juillet 2003, Marcos
décrit les fonctions de ces conseils : parer aux différences
de développement observées entre les communes autonomes
et les communautés, et intervenir dans les conflits qui surgiraient
tant entre les communes autonomes quentre ces dernières
et les communes officielles. Et il reconnaît que, pour linstant,
le système normatif autonome fondé sur les us et coutumes
des communautés indigènes doit cohabiter avec le système
normatif occidental.
Autre point important, les autorités autonomes peuvent commettre
des actes de violation des droits humains, de sorte que les conseils
de bon gouvernement entendront les plaintes émises contre les
conseils autonomes pour cause datteinte aux droits humains ainsi
que les protestations reçues et les dysfonctionnements.
Ils sont aussi chargés dautres tâches : suivre et
faciliter la réalisation de projets et travaux communautaires
dans les communes autonomes rebelles zapatistes ; veiller à lapplication
des lois adoptées, en accord avec les communautés, dans
les communes autonomes rebelles zapatistes ; accueillir et guider les
représentants de la société civile nationale et
internationale au cours de leurs visites dans les communautés
; mettre en uvre des projets productifs ; installer des camps
de la paix ; réaliser des enquêtes ; et se livrer à
toute activité autorisée dans les communautés rebelles.
Des dispositions ont été prises pour que les conseils
de bon gouvernement veillent au bon équilibre du développement
économique des communautés zapatistes et pour quils
contrôlent les projets qui y sont menés.
Une école de patience
On était en octobre 2003. Sur le mur du bureau du Comité
de surveillance de La Garrucha, au caracol baptisé Résistance
pour une aube nouvelle, on pouvait lire : « Camarades, veuillez
ne pas cracher, le sol de notre bureau vient dêtre recouvert.
» Petit témoignage des grandes avancées accomplies.
La première chose à faire pour prendre contact avec un
conseil de bon gouvernement est de rencontrer le Comité de surveillance,
composé dhommes et de femmes, autorités autonomes
qui enregistrent lidentité des visiteurs, et prennent patiemment
note du sujet quils souhaitent voir traiter au conseil de bon
gouvernement. Patiemment, parce quil leur faut écouter
un nombre indéterminé de personnes leur exposer toutes
sortes didées nimporte quel jour de la semaine. Ensuite,
le Comité donne des consignes pratiques aux nouveaux venus en
attendant quils soient reçus par le conseil.
Le conseil de bon gouvernement étudie les demandes et propositions
présentées par la société civile locale,
nationale et internationale. Il doit examiner chaque cas et il demande
généralement à lintéressé de
revenir plus tard. Et comme les équipes travaillent par roulement,
il peut arriver que, lorsque lintéressé revient,
les autorités en poste ne soient pas au courant, ce qui retarde
parfois les démarches et met à lépreuve la
patience du requérant. Cest le prix à payer pour
exercer lautogestion sur un territoire aussi étendu et
pour porter à un degré supérieur de complexité
le principe zapatiste de « commander en obéissant ».
Santé et éducation
Durant leur première année de fonctionnement, les conseils
de bon gouvernement ont rencontré des difficultés dun
autre genre, qui tiennent au fait quils exercent lautonomie
dans un climat de guerre et de harcèlement de la part du gouvernement.
Ils ont émis une série de dénonciations pour violation
des droits humains commises à lencontre de personnes ou
de communautés qui sont des bases dappui de lEZLN,
sous leur juridiction.
Le cas le plus important fut celui des communautés de Jechvó
et Elambó Alto y Bajo, dans la commune de Zinacantán,
dans la région des Altos de Chiapas. Des dizaines de familles
zapatistes furent privées deau potable pendant des mois
par des militants du Parti de la révolution démocratique.
Cette situation déboucha en avril 2004 sur une agression perpétrée
à laide de pierres, de bâtons et darmes à
feu contre une manifestation de zapatistes organisée dans la
zone en appui à aux communautés concernées et en
commémoration de lanniversaire dEmiliano Zapata.
On releva une trentaine de blessés, dont deux graves.
Une des réussites les plus évidentes de lorganisation
autonome réside dans la garantie de services de santé
de qualité fournis sans aucune distinction aux indigènes,
zapatistes ou non, qui se présentent à eux. Des progrès
non négligeables ont également été accomplis
en matière déducation biculturelle. Quelques jours
avant que lon fête le premier anniversaire des conseils
de gouvernement, un bal de trois jours a été donné
dans la communauté reculée de La Culebra, dans la commune
autonome Ricardo Flores Magón, pour marquer linauguration
dune école autonome, fruit de la coopération gréco-tseltal.
Les Tseltales sont un des principaux groupes ethniques du Chiapas.
Victimes du discrédit et de la corruption des représentants
officiels de la justice, qui ne tiennent pas compte des us et coutumes
indigènes pour le règlement des conflits, des dizaines
de personnes, zapatistes ou non, se sont adressées aux conseils
de bon gouvernement pour leur demander de résoudre un large éventail
de problèmes, problèmes quils ont résolus.
La radio et les femmes
Des médias sont déjà présents et, sur tout
le territoire du Chiapas, on peut écouter la Radio Insurgente,
« la longueur dondes qui se déplace ». Il existe
en outre différents projets de communication communautaire, auxquels
participent les communautés indigènes et qui sont lancés
à linstigation dindividus qualifiés dans chacun
des secteurs.
Des dirigeants zapatistes des deux sexes ont rappelé à
plusieurs occasions que le respect des droits des femmes est «
une obligation obligatoire ». Et, même si la Loi révolutionnaire
des femmes, loi zapatiste, est encore loin dêtre suivie
à la lettre, des efforts sont manifestement engagés pour
la promouvoir et en garantir lapplication.
Sur Radio Insurgente, on peut entendre une voix féminine qui
dit : « Camarade, tu nas pas le droit de contrôler
ni de restreindre les mouvements de ta compagne
Nous avons besoin
dun monde où les femmes puissent travailler et avoir des
responsabilités. Un monde où seuls les hommes prennent
les décisions nest pas un monde juste. » On entend
ensuite un message à caractère social sur le droit des
femmes de sorganiser et de participer aux coopératives.
La même voix de femme conclut en disant : « Si tu ne
sais pas encore comment faire, là-bas on te lapprendra
peu à peu. »
Un événement qui se fête
Le 9 août, dans la résidence officielle de Los Pinos, le
président Vicente Fox célèbre la Journée
mondiale des populations indigènes et lance un appel pathétique
« Jamais plus un Mexique sans les peuples indigènes
! » qui paraphrase la proclamation dorigine de
lEZLN reprise par le Congrès national indigène («
Jamais plus un Mexique sans nous »). A des milliers de
kilomètres de cette fête fabriquée à laquelle
ont été invités des officiels indigènes,
au sud-est du Mexique, des milliers de zapatistes de base dansent sous
la pluie et dans la boue à loccasion du premier anniversaire
de leur bon gouvernement, dans les cinq caracoles qui sacheminent
lentement vers lautonomie au Chiapas.
Au caracol dOventic dénommé Résistance et
rébellion au service de lhumanité, malgré
la pluie et les coupures de courant, la fête bat son plein et,
au petit matin, lorchestre de marimba interprète «
Las mañanitas » devant le bureau du conseil de bon gouvernement.
La fête donnée aux caracoles dOventic a été
transmise en FM et en ondes courtes par Radio Insurgente et sur Internet
par le Centre des médias indépendants du Chiapas. Ce prodige
technologique na pas pour autant refroidi lenthousiasme
des zapatistes de base et, à notre grande surprise, alors que
nous nous attendions à une déclaration solennelle du gouvernement,
nous avons constaté sur place que lambiance était
à la fête et uniquement à la fête.
Personne ne sest préoccupé de nous donner des interviews
pour se féliciter devant micros et caméras des réussites
de cette première année dautonomie : la clinique
autonome transformée et agrandie, lEcole secondaire rebelle
autonome zapatiste, les bureaux des coopératives caféières,
ceux des coopératives dartisanat, et même un cybercafé
! Tous ne pensaient quà fêter. Comme sils voulaient
nous dire, par leur indifférence : « Habituez-vous,
vous êtes en territoire autonome. Ici le peuple commande et le
gouvernement obéit. »
Paroles de joie
La même attitude est ressortie du contenu et de la brièveté
des discours prononcés par les autorités de plusieurs
communes autonomes et du conseil de bon gouvernement Cur des zapatistes
face au monde pendant la cérémonie officielle, au cours
de laquelle labsence des commandants militaires de lEZLN
a été remarquée.
Après avoir salué une kyrielle de responsables autonomes
zapatistes de base, autorités municipales autonomes, dirigeants
locaux, régionaux, insurgés, miliciens, cadres de lenseignement,
autorités culturelles et religieuses, représentants de
la société civile nationale et internationale ,
le conseil de bon gouvernement a commencé son allocution en ces
termes : « En ce 9 août 2004, nous sommes réunis
pour fêter le premier anniversaire de la création des conseils
de bon gouvernement et des caracoles comme on en trouve aujourdhui
dans les différentes zones de lEtat du Chiapas et du Mexique.
»
« Cest pourquoi le conseil de bon gouvernement Cur
des zapatistes face au monde, après un an de bons et loyaux services
auprès des populations zapatistes et non zapatistes qui habitent
sur le territoire du caracol Résistance et rébellion au
service de lhumanité, veut vous faire part de sa joie,
mais aussi de la préoccupation quil ressent face à
la situation des peuples en résistance. »
Et de poursuivre : « Cest la démonstration
que les populations et communes autonomes peuvent se gouverner seules
en tant que peuples. Pour cette raison, cest un anniversaire que
nous ne pouvons pas oublier et que nos peuples doivent fêter chaque
année. Nous voulons dire à toutes les populations zapatistes
de ne pas avoir peur et de continuer de bâtir notre autonomie.
Les peuples indigènes doivent sorganiser et se gouverner
par eux-mêmes en accord avec leurs façons de penser et
dappréhender le monde, en accord avec leurs intérêts
collectifs, en tenant compte de leurs cultures et leurs coutumes, car
tout cela est un droit qui nous revient. »
Lutter et servir
Ensuite, plutôt que de dresser un bilan, le conseil a exprimé
sa reconnaissance à la résistance des zapatistes de base
:
« Camarades, nous connaissons bien la situation qui est la
nôtre et les souffrances que nous endurons en tant que peuples
zapatistes, parce que la résistance et la rébellion sont
notre forme de lutte, parce que nous devons encaisser tous les coups
de nos mauvais dirigeants, qui nont apporté à nos
populations que plus de faim et de misère, plus de maladies et
de morts pour nos enfants, plus dinsécurité et de
peur pour nos populations, en sen remettant à des milliers
de soldats fédéraux, de policiers, de paramilitaires et
de juges qui continuent de menacer et de poursuivre tous ceux et celles
qui luttent pour défendre leurs droits. »
« Au sein de notre conseil de bon gouvernement, nous nous efforcerons
de remplir notre devoir au service de nos populations, mais vous aussi
devez continuer de vous organiser pour avancer ensemble sur la voie
de la construction de notre autonomie. »
Enfin, le conseil a remercié les représentants de la société
civile nationale et internationale et nous a invités à
nous organiser dans nos Etats et nos pays « pour lutter la
main dans la main ». Et il a conclu par une formule officielle
: « Voilà ce que nous avions à vous dire. Le
conseil de bon gouvernement. Cordialement. »
Les deux erreurs et le « troisième bras »
Tout en se félicitant, dans plusieurs communiqués, de
la première année de fonctionnement des conseils de bon
gouvernement, le sous-commandant Marcos a reconnu quils constituaient
des « îlots de résistance » et il a mis en
lumière deux erreurs dont les effets se font encore sentir et
qui contredisent les principes de lEZLN. La première concerne
la place des femmes, étant donné que le respect de leurs
droits demeure souvent lettre morte. La seconde concerne lingérence
de la structure politico-militaire zapatiste dans les conseils de bon
gouvernement.
Evoquant le fonctionnement par roulement à la tête des
conseils, quil a qualifié « derreur voulue
», il a expliqué que lidée derrière
cette erreur était la suivante : « Nous voulions que
la charge du gouvernement ne soit pas exclusive dun groupe, quil
ny ait pas de dirigeants "professionnels", que le plus
grand nombre possible puisse en faire lapprentissage et que lon
se débarrasse du principe selon lequel le gouvernement ne peut
être confié quà des "gens spéciaux"
Cette méthode complique la réalisation de certains projets
mais elle produit en contrepartie une école de pensée
qui, à la longue, portera ses fruits sous la forme dune
nouvelle façon de faire de la politique. »
Concernant le soutien de la société civile internationale,
il a indiqué que, pendant la première année de
fonctionnement, des particuliers et des organismes de plus de 43 pays
sétaient adressés aux conseils de bon gouvernement,
porteurs de projets productifs et de dons. Il a qualifié ce mouvement
de solidarité de « troisième bras », avant
dajouter que, cette année, les conseils avaient administré
quelque 1,1 million de dollars.
Une première année chargée
Dans un de ses communiqués, le sous-commandant Marcos a résumé
les multiples tâches remplies par les cinq conseils de bon gouvernement
durant cette première année : recevoir les visiteurs de
la société civile nationale et internationale, enquêter
sur de supposées cultures de marijuana, enquêter sur de
présumés vols, encadrer les activités des représentants
de lenseignement, suivre les projets de production, transmettre
les dossiers aux organisations de défense des droits humains,
organiser des débats sur lapplication du principe de «
commander en obéissant », mener une action de médiation
dans le cas de différends agricoles, de conflits entre zapatistes
et organisations sociales, et entre particuliers et fonctionnaires.
A signaler le récit quil fait de lopération
de médiation réalisée par le conseil de La Garrucha
après larrestation dun chauffeur de taxi par des
agents de la circulation de la commune dOcosingo : « Le
conseil de bon gouvernement a missionné un autre représentant
auprès du coordonnateur et délégué du gouvernement
de lEtat pour quil libère immédiatement le
chauffeur de taxi. Sils refusent de respecter le travail honnête,
les gens vont devenir soit délinquant, soit politicien. Ou bien
les pauvres feront cause commune et prendront les armes comme les zapatistes
lont fait le 1er janvier 1994. Quils respectent donc le
travail de ce taxi. »
Lexpérience et lespoir
Cest ainsi que, sans faire déclats, les zapatistes
célébrèrent le premier anniversaire des conseils
de bon gouvernement, cest-à-dire dune expérience
de résistance et de recherche de solutions parmi toutes celles
qui incarnent la résistance de lhumanité à
lempire des entreprises transnationales. Il sagit dune
réponse locale face à la perte de souveraineté
nationale qui laisse à labandon des millions de personnes
peu à peu dépouillées de droits sociaux et politiques
gagnés par le peuple au cours de lhistoire.
Cest aussi le moyen, pour un peuple, de saffirmer face au
paternalisme dONG et de bailleurs de fonds internationaux qui
leur refusent le droit à la parole et qui en font des "assistés".
Cest enfin une formule dorganisation selon laquelle lexercice
dune charge publique est considéré comme un service
à la collectivité et non comme un outil denrichissement
personnel.
Bien que le mouvement zapatiste ne soit pas lunique ni la première
expérience dautonomie indigène au Mexique, son parcours
"de tous les dangers" commence à faire des émules
dans dautres Etats du pays et même dans des localités
lointaines par delà les frontières du Mexique, qui sassocient
aujourdhui au combat des communes autonomes rebelles dans leur
recherche de leur propre autonomie. Comme on dit là-bas, cest
un chemin que lon ne découvre quen allant de lavant.
Les caracoles vont de lavant. Lentement mais sûrement.
Traduction
DIAL.
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