Les hectares de la multinationale
se chiffrent presque à un million en Argentine, mais le petit
nombre que Tierras Sud Argentino, entreprise contrôlée
par Benetton, a pris au couple Curinano-Nahuelquir a un charme particulier
: léclat de lor. Lorsquon est puissant, il
devient même possible denvisager de donner ce que lon
ne possède pas... Article de Alejandro Tesa, paru dans Pastoral
Popular (Chili), mars 2005.
Les
affaires judiciaires sont complexes pour le profane ; celle-ci est simple.
Le 31 mai 2004, un tribunal dEsquel - dans la Patagonie argentine
- après un procès que les avocats de Benetton rendirent
confus, prononça son jugement : les terres occupées par
Rosa Nahuelquir et Atilio Curinano ne leur appartenaient pas, elles
étaient la propriété de Tierras Sud Argentino,
entreprise délevage contrôlée par lempire
lainier italien.
« Sils ne nous rendent pas la terre, la lutte que nous
commençons ne va pas en rester là. Elle nest pas
seulement pour nous, mais pour le reste de nos frères qui se
trouvent dans la même situation et nosent pas suivre cette
voie », déclara aussitôt la femme dépouillée
de la terre que ses ancêtres connaissaient depuis des siècles.
Les représentants de Benetton-Tierras Sud Argentino quittèrent
en silence le tribunal. Un petit rassemblement les vit partir. Lui aussi
silencieux. Quelques jours auparavant, le même tribunal - en réponse
à une requête de lentreprise délevage
- avait estimé que le couple mapuche1 navait pas mis en
place une association illicite pour usurper ces terres, un peu plus
de 500 hectares. Vraiment rien en comparaison du pouvoir que représentent
les 900 000 hectares des requérants étrangers.
En terre de moutons, la mère de lagneau
Début mai 2003, a été créée, toujours
en Argentine, une entreprise : Minera Sud Argentina S.A. Rien dextraordinaire
en cela ; le pays a un énorme potentiel minier. Il a filtré
alors que cette entreprise exercerait ses activités dans la province
dEsquel. Curieux hasard : dans les environs des terres disputées
aux Curinaco-Nahuelquir, à proximité desquelles les habitants
du canton ont dénombré plus de 10 prospections.
Là, on recherche de lor. Il y a un petit problème,
cependant : la population de la zone a repoussé, lors dun
plébiscite, en termes catégoriques (85% des habitants)
lexploitation aurifère. La raison en est simple : le procédé
dextraction utilise le cyanure, qui est un violent poison, et
contaminerait les cours deau et la végétation, mettant
aussi en danger la vie animale et la vie humaine elle-même. Les
éternels soupçonneux pensent que cest pour cette
raison que Benetton a offert aux Mapuche du secteur 2 500 hectares
« de première qualité » - pour quils
les travaillent à leur guise. Bien sûr : un petit peu plus
loin de la zone qui les intéresse. Lagence chargée
de gérer les relations publiques de la multinationale - de mauvaises
langues affirment que ses spécialistes sont ceux-là mêmes
qui « gérèrent » limage dun
certain Videla, dictateur, dans un (vain) effort pour le rendre sympathique
- sempressa de « brouiller les cartes » et daffirmer
: « Benetton dans les affaires minières ? Allons donc
! Ce sont des médisances de ces gens-là ».
«Ces gens-là » est lexpression dun
sous-entendu : rebelles, anarchistes, gauchistes, économistes
antimarché. Ils ne croient pas à la libre entreprise.
La campagne dura peu. Dans le Journal officiel de la République
argentine du 15 mai 2003, on peut lire que la société
anonyme Minera Sud Argentina débute légalement ses activités.
Et, autre hasard, son domicile est le même que celui de lentreprise
« des couleurs » . Ce qui nest pas le fruit du hasard,
malgré la meilleure volonté du monde, est le fait suivant
: le vice-président de Tierras Sur Argentino est également
le président du comité directeur de la firme minière.
Il sappelle Diego Perazzo.
United colors of Benetton
A partir de leurs problèmes judiciaires et extra-judiciaires
avec les gens dEsquel en général, et avec les paysans
mapuche en particulier, cest beaucoup dargent que dépensèrent
Luciano Benetton et consorts pour - comme voulut le faire Rafael Videla
- « améliorer leur image ». Les stratèges
proposèrent la donation de ces 2 500 hectares, refusés.
2 500 hectares, cela peut paraître énorme en Europe - en
fin de compte, de petits pays - mais en Patagonie, cela ne constitue
jamais quun grand jardin potager.
Tout était prêt à Rome : « Voyez comme
ils sont bons chez Benetton; ce quil se passe, cest quavec
ces Indiens il ny a pas moyen de sentendre »;
cest alors que le soigneux montage sécroula et quil
apparut clairement que ce dont il sagissait, cétait
dune spoliation. « Ils ne peuvent faire donation de ce
qui nest pas à eux » dit, à Rome également,
le couple Curinanco-Nahuelquir.
Marco Calabria a parlé avec eux dans le bureau de la rédaction
de la revue Carta, en présence de Gustavo Macaya, leur avocat,
et Mauro Millàn, de lassociation 11 octobre.
Cest clair : les Mapuche sont des gens peu fiables. Quest-ce
que cest cette manière de refuser, comme ce fut le cas
au XVIème et au XIXème siècle, la première
vague mondialisatrice des Espagnols ? ; de persévérer
dans leur refus dintégrer les Etats-Nations proposés
par les Argentins et les Chiliens au prix de trahisons et de massacres
entre le XIXème et le XXème siècle ?, et maintenant
en pleine globalisation contre le terrorisme, de lever à nouveau
le poing face aux multinationales ?
1) Mapuche : les Indiens de culture et langue
mapuche sont originaires de la région Arauco dans le Chili actuel
(au sud de la ville de Concepción). Par déformation dun
mot mapuche, les Espagnols les nommèrent Araucans et leur pays
Araucanie. (Note Dial)
CHILI
: DES MAPUCHE ONT DÉNONCÉ ASSASSINATS ET TORTURES DEVANT
L'OEA
Traduction
DIAL.
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