DIAL D 2869- Avril 2006

MEXIQUE

 

Le Vatican met en difficulté l'Eglise indigène

 

Dans une lettre de novembre dernier, dont la diffusion était restée fort discrète, le cardinal Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, informait Mgr Felipe Arizmendi, évêque de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas), que les ordinations de diacres permanents étaient suspendues dans son diocèse.
Mgr Samuel Ruiz, dit Tatic (père), l’évêque des Indiens, qui fut à la tête de ce diocèse pendant 40 ans, avait choisi d’ordonner de nombreux diacres indigènes mariés, tout en espérant qu’un jour ils pourraient être autorisés à accéder au sacerdoce. Le diocèse comporte aujourd’hui 335 diacres, pour un total de quelque 80 prêtres. La disproportion est jugée menaçante pour la prééminence sacerdotale traditionnelle. De plus, le danger, aux yeux de Rome, est qu’une telle pratique fasse espérer un jour l’existence d’un sacerdoce marié. La politique de Mgr Samuel Ruiz se comprenait d’autant mieux que, pour les indigènes, un homme célibataire n’est pas vraiment adulte et ne saurait exercer une responsabilité pour la communauté. Ordonner tant de diacres mariés et espérer un changement sur le célibat des prêtres, c’en était trop pour Rome. Une suspension des ordinations fut exigée en 2000 du successeur de Samuel Ruiz, Felipe Arizmendi. Elle vient d’être vigoureusement confirmée.
Nous publions ci-dessous, outre un éditorial spécial, le texte de la lettre du cardinal Arinze et la réaction que nous a fait parvenir le théologien et prêtre mexicain zapothèque, Eleazar López Hernández, principal promoteur de la théologie indienne, bien connu de nos lecteurs.