Limmigration
aux Etats-Unis en provenance dAmérique latine, et tout
spécialement du Mexique, est un fait bien connu. Pour lutter
contre limmigration latino-américaine, le gouvernement
états-unien envisage de construire un mur de 1 130 km entre
le Mexique et les Etats-Unis où vivent plus de 35 millions
dhispaniques. Ce projet, ainsi que dautres concernant
lexpulsion des clandestins et la poursuite des personnes qui
les embaucheraient, suscitent une très vive opposition aux
Etats-Unis. Des manifestations monstres ont eu lieu. A Los Angeles,
par exemple, entre 500 000 (selon la police) et un million de personnes
(selon les organisateurs) ont envahi les rues. Les Latino-Américains,
dont en premier lieu les Mexicains, courent des risques importants
en traversant la frontière. Beaucoup trouvent la mort, notamment
dans le désert dArizona. Cest ce que développe
larticle ci-dessous paru dans le bulletin Chiapas Al Dia,
n° 498.
Lan passé, dans leur tentative démigrer
du Mexique ou dAmérique centrale, 473 personnes sans-papiers
sont mortes avant de parvenir à leur but. La majorité
dentre elles sont mortes en raison des intempéries climatiques,
gelées dans les montagnes, ou frappées dinsolation
et de déshydratation dans le désert, ou noyées.
Certaines ont été assassinées. Le nombre total
de morts au cours des dix dernières années dépassent
les 3 000. Ils sont morts en recherchant du travail. En cherchant
à être employé dans des activités que les
Etats-Unis dédaignent, parce quelles sont sales, dangereuses,
abrutissantes ou parce que ce sont des travaux domestiques. Pendant
ce temps, chez eux, les politiques économiques en vogue au
Mexique et en Amérique centrale détruisent des millions
demplois dans le secteur rural et urbain.
Un fait que lon ignore à dessein aux Etats-Unis est que
le gouvernement de ce pays promeut cette même politique économique
qui conduit au désastre. On récolte ce qui a été
semé. Au cours des dix dernières années, lémigration
du Mexique et dAmérique centrale a augmenté de
300%. Les Latino-américains ne trouvent pas demplois
chez eux et les politiques aux Etats-Unis refusent de se demander
pourquoi.
Aux Etats-Unis, on essaye diverses options : davantage dopérations
de sécurité à la frontière, la construction
de murs, des menaces contre les patrons qui embauchent des migrants
sans-papiers, des persécutions contre les travailleurs journaliers
dans leur lieu de regroupement. Toutes les options, moins une. Loption
unique qui pourrait être une avancée réelle pour
donner une solution à la crise migratoire, cest une révision
en profondeur de ces politiques économiques à la mode.
Les politiques néolibérales consacrées dans les
traités de libre-échange interdisent au Mexique et aux
pays centraméricains de protéger des secteurs stratégiques
et vulnérables de leur économie. La protection pourrait
être obtenue moyennant lusage de tarifs, de frais de douane
ou de quotas pour empêcher lentrée de biens provenant
majoritairement des Etats-Unis. Si une telle protection pouvait être
mise en uvre, le Mexique et les autres pays pourraient reprendre
leur programme dindustrialisation qui, dans le passé
récent, avait créé des emplois. De même,
protéger le secteur rural de limportation des produits
agricoles des Etats-Unis, qui profitent de subventions élevées,
aiderait à restaurer la viabilité de la campagne, en
permettant ainsi aux paysans de rester sur leur terre et en leur évitant
la peine de migrer pour survivre.
Cependant, revoir de telles options, qui sont à lorigine
dune si forte émigration de nos pays, semble interdit
aux Etats-Unis. Et les chercheurs narrêtent pas de se
demander pourquoi la migration sest emballée.
Avec toutes ses illères, le gouvernement des Etats-Unis
verra dun bon oeil lalternative consistant à «
fermer la frontière », vouée à léchec
à long terme. Dautres mesures provisionnelles, comme
les « programmes daccueil » des travailleurs du
président Bush et des membres du Congrès de différentes
tendances, ne pourront jamais être autre chose de plus que des
gestes symboliques, en légalisant une infime partie des 500
000 Mexicains qui traversent chaque année sans papiers la frontière
et trouvent du travail.
Mais si des centaines de milliers atteignent leur but, des centaines
meurent dans leur tentative chaque année. Revoir la liste des
morts, cest se mettre face à la tragédie humaine
en marche dans un désert dont la température atteint
50 degrés pendant plusieurs mois. Il y aussi le fait que cette
liste enregistre seulement une partie des migrants morts lan
passé car elle nest élaborée que pour une
partie de la frontière de 3 000 Km avec les Etats-Unis, celle
qui touche lEtat dArizona, qui est le point de passage
le plus important pour les migrants.
Les organisations de droits humains et de droits des migrants qui
connaissent la zone frontière affirment que le chiffre des
migrants morts est sous-évalué car on ny enregistre
que le nombre de cadavres rencontrés. Beaucoup de migrants
sont à la traîne en ne pouvant pas suivre, pour des raisons
dempêchement physique, le groupe avec lequel ils voyageaient,
ils se perdent facilement dans ces régions montagneuses ou
désertiques inconnues et meurent quelques jours après.
Parfois on ne trouve jamais leurs restes. Mais il est fréquent
que les migrants racontent avoir vu des restes humains au cours de
leur traversée, des personnes qui sont mortes mais qui ne rentreront
même pas dans une statistique pour les gouvernements mexicains
et états-uniens.
Sil est vrai que les politiques promues et exigées par
les Etats-Unis pour le Mexique et lAmérique centrale
sont derrière ces centaines de tragédies enregistrées
avec la froideur de la statistique, voir les noms des victimes et
les circonstances de leur mort nous obligent à nous demander
pourquoi le gouvernement mexicain ne fait rien pour protéger
ses citoyens. Ecouter le chiffre de 282 personnes mortes, la majorité
dentre elles mexicaines, rien quà la proximité
de la frontière avec lArizona, est effrayant. Pourquoi
le gouvernement mexicain nexige-t-il pas du gouvernement des
Etats-Unis larrêt immédiat des opérations
de mort de la Patrouille des frontières et des autres organismes
de ce pays qui ont fermé la frontière aux points de
passage traditionnel et ont canalisé les migrants vers des
zones inhospitalières qui ont été le cimetière
de tant de paysans. Pouvons-nous imaginer la réaction des autorités
états-uniennes si cette liste concernait des citoyens de leur
pays ?
Un tableau des décès a été élaboré
par la Coalition des droits humains et Alliance indigène sans
frontières, pour la période du 1er octobre au 30 septembre
(année fiscale gouvernementale aux Etats-Unis).
Voir : http://www.derechoshumanosaz.net/deaths.php4